XVIIe siècle

1600

# La famille de Champrond est une figure chartraine. se rendit célèbre dans la pays chartrain du XIVe au XVIIe siècles fournissant des personnages distingués dans l’ordre ecclésiastique, dans la carrière militaire et surtout dans celle de la magistrature. Ainsi Michel de Champrond, seigneur de Champrond-en-Perchet, fut tué par les Anglais lors de leur invasion en 1356. Il avait trois enfants, avec Isabelle des Pâtis : Jean qui mourut comme prisonnier de guerre, Challes, capitaine de gens de pieds écossais, décédé en Angleterre, et une fille, Bienvenue, enterrée par des gens de guerre à Nogent-le-Rotrou. En 1417, un descendant, Jean, écuyer du duc de Nemours, est tué au siège de Chartres par les Anglais, et inhumé en l’église saint-Michel. Son cousin Michel de Champrond fut un fin stratège qui permit de chasser les Anglais de Chartres le 12 avril 1432.

Au n°15 de la rue du Cheval Blanc, cette famille, tout du moins la branche des Seigneurs d’Ollé, possédait un hôtel qu’elle avait fait construire au début du XVe, et son portail était surmonté de l’écu des Champrond d’azur, au griffon d’or et à la bordure de gueules.

La branche dite de la Bourdinière, avait un hôtel au n°1 de la rue de la Bourdinière, occupé notamment par Michel de Champrond, capitaine de Chartres de 1544 à 1567.

En 1578, naissance à Chartres, de Jean de Champrond, fils de Jean, conseiller au Parlement et de Magdelaine de Montmirail. D’abord conseiller au Parlement le 13 février 1609, puis président de la deuxième chambre des requêtes le 19 janvier 1622, et enfin sous-Doyen du Parlement et Président de la 2ème chambre des enquêtes (1622). Marié trois fois, sa dernière union, alors qu’il avait 78 ans, lui permit de convoler en justes noces à la toute jeune fille d’un Conseiller au Parlement. Il était connu pour son avarice sordide, au point de chercher toutes les façons de ne point dépenser d’argent. Un certain Bigneau, auteur d’un meurtre, fut condamné à être pendu, peine prononcée par le bailli de la châtellerie d’Ollé. Ce dernier reçut une lettre du sieur de Champrond qui lui indiquait toutes les économies possibles à réaliser sur les frais de justice qui lui incombaient (1657). Au point que le sieur de Champrond crut bon demander la gratuité de l’exécution ce qui fit bondir le bourreau dont le métier était déjà peu lucratif. Une honte pour la magistrature, et Champrond poussa même sa cupidité à transporter le condamné dans son carrosse pour s’épargner le transport de ce dernier ! Sur le point de mourir, il fit même éteindre une des deux bougies qui éclairaient sa chambre. Les anecdotes sont fort nombreuses à son sujet. Alors que sa santé allait au plus mal, presque mourant, il fit appeler sa femme  » Madame mon épouse, je m’aperçois que mon médecin fait durer mal mal autant qu’il peut. Cela finira par me ruiner. Congédiez-le au plus vite et laissez la nature me guérir gracieusement  ». L’une de ses femmes l’implorait de lui donner quelque argent pour s’acheter quelque fanfreluche (franfrelue à l’époque). Il lui répondit  » Ne vous donnez pas cette peine de m’attendrir. Un prophète m’a dit que je vais me marier trois fois et mourir après, et comme vous êtes la seconde, vous aurez compris.  » Il se trompa. Il aurait inspiré Molière pour écrire l’Avare(1668). Il mourut le 3 août 1658, deux ans après son mariage, sa veuve n’ayant que 22 ans. Celle-ci put profiter de la fortune de son défunt mari, puisque le couple n’eut aucun enfant. Il fut inhumé à Paris, ce qui marqua la fin de la famille des Champrond à Chartres.A noter que la lignée des ChamPrond abandonna la ville de Chartres au début du XVIIe siècle après avoir tenu d’importantes fonctions. Ses derniers représentants, de par leurs nominations, s’installant définitivement à Paris, tout en conservant quelques terres beauceronnes en raison de leurs attaches séculaires.

# En ce début d’année, exerce à Dreux comme médecin Jacques Le Veillard. Poète à ses heures, il aurait connu une relation amicale avec la famille à Rotrou à qui il aurait dédié une pièce en latin. On ne sait rien de plus de la vie de ce praticien douais.

# – Naissance à Chartres, sans plus de précisions, de Jacques Gastine, poète et professeur au collège des Grassins à Paris. On lui doit :- poésies diverses – églogues – pastorales.Sans doute décédé à Paris.

# Naissance à Dreux de cet homme connu sous le nom d’Alexandre-le-Grand , gentilhomme d’Aigicourt (ou Augicourt), et poète. A son actif, le Triomphe de l’amour divin.

# Le marquis de Dangeau se convertit au catholicisme, mais ses soeurs restent dans le parti calviniste, et présentes à Dangeau et à Bazoches-en-Dunois. –

# Une épidémie de peste ravage la population à Châteaudun.

# Une année très pénalisante car répétitive au point de vue chaleur au long de l’année. Récoltes et animaux en subissent les conséquences, de même la population qui se voit affamée en raison de cultures sévèrement touchées, surtout en 1676 que certains écrits révèlent comme ayant été une canicule.

# Naissance à Bretonvilliers, dans la seconde moitié du XVIIe d’Etienne Lochon, docteur de la Maison de Navarre, ancien curé de son village, et surtout auteur de :Entretiens d’un homme de cour et d’un solitaire sur la conduite d’un solitaire sur la conduite des grands (1715) ainsi qu’un Traité du secret de la confession. Il meurt à Paris v.1720.

# Barthélémy Boudin à qui on attribue sa naissance à Chartres. Sculpteur, il est auteur du tombeau de Sully à Nogent-le-Rotrou, et a réalisé la statue de Rachef de Cofilet, seconde épouse de l’homme de confiance d’Henri IV.

# Gilles Bry de la La Clergerie (1560/1659?), avocat au Parlement de Paris, est auteur d’une Histoire des pays et comtés du Perche. Il serait le constructeur du château Le Tertre à proximité de Nogent-le-Rotrou.

# Originaire du Perche,(Eure et Loir?)  Pierre du Hameau se fit jésuite en 1606, se faisant un brillant prédicateur. Il enseigne la philosophie à Moulins en Bourbonnais et à Alençon. Il a publié la vie de Marguerite de Lorraine, duchesse d’Alençon, ceci pour la piété qu’elle témoignait dans sa vie. Il serait également l’auteur de la vie de soixante-cinq cardinaux. Il mourut de la peste à Moulins le 15 juillet 1631.

# Naissance à Dreux de Mathurin Bourelier. Procureur du roi en l’élection de sa ville natale. Poète, on lui doit :Poème sur la Passion de Jésus-Christ ( 1640 ).

# Originaire du Perche (Eure et Loir ou Orne?), Jean de Bellefleur aurait été connu comme un éminent prédicateur, et chapelain du Conseil. Traducteur de deux épîtres d’Ovide publiées avec les Amours d’Ovide (1621 – Paris), et dédiées au marquis d’Alluyes.

# Jurisconsulte, né dans le Perche (sans autre précision )au XVIIe siècle.Claude Duplessis fit partie d’un conseil judiciaire d’une des plus grandes maisons sous le règne de Louis XIV, et souvent consulté par Colbert sur les affaires liés au roi et à l’Etat. Mort en 1683. On lui doit un Traité sur les coutumes à Paris paru en 1699.

# Originaire de Paris où il nait vers 1620, Pierre Robert remporte un concours de motet au Mans à l’occasion de la fête de la Sainte-Cécile. En récompense, il occupe pendant dix-huit mois le poste de maître de musique en la cathédrale de Chartres. Il devint ensuite maître de chapelle de Notre-Dame de Paris (1662) Sa singularité tient dans le fait qu’il osa défier Louis XIV, comme compositeur baroque, en refusant au Roi-Soleil et sa cour, seul contre tous, à rajeunir ses motets dans le style de Lully. Le roi ne lui en tiendra pas rigueur, puisqu’il le dotera largement pour avoir créé une nouvelle dynamique.Décès à Paris en 1699.

# François Chavaine connut une ascension assez étonnante dans la mesure où il fut tout d’abord domestique de Paul de Foix, archevêque de Toulouse, célèbre pour ses ambassades, puis devient son lecteur. On le retrouve ensuite président au Bailliage et Siège Présidial de Chartres, puis député aux Etats Généraux en 1614.

# Vers cette année sans autre précision, naissance à Dreux de Mathurin Bourlier, auteur de poésies sacrées, faisant partie de ses versificateurs de la Renaissance, sans être une référence en la matière. Cependant ses Poésies chrétiennes restent très intéressantes (1640). Egalement auteur dans sa jeunesse, de poésies fort légères qu’il tenta de faire oublier. Sans doute incompatible avec son statut. Conseiller et procureur du Roi en l’élection de Dreux .

# Jean-Mathieu Legrand, né à Chartres, spécialisé dans le droit, enseigna par la suite la doctrine de Justinien à Paris et obtint la charge de docteur en droit à Angers, prenant par la suite une chaire à Orléans.

# Chartres. Maître-verrier, Jean Pilleu très avoir été très apprécié comme auteur des plus remarquables vitraux du XVIe siècle, détenant à cet égard, l’art et la science de la pourtraicture et de la peinture sur verre.. Marié quatre fois, et père de nombreux enfants qui excellèrent dans son métier, et surtout Jean, auteur en 1624 de peintures murales en l’église Saint-Aignan attribuées faussement à son père, mort dix-huit ans auparavant.

# Sculpteur breton,Charles Rouscouët, originaire de la Cournaille bretonne, son union avec Marie Piau, appartenant à une famille d’Alluyes l’amène en Eure et Loir. Le couple vivra alors dans cette commune, cinq enfants étant nés entre 1667 et 1677. Avec un ami maître-menuisier, Louis Duict, il travaille à la construction du retable de l’église de la commune où il réside (1664). Par la suite, il continue à réaliser d’autres travaux commandés notamment à Pré-Saint-Evroult, en l’église de saint-Germain. A partir de 1682, il séjourne alors à Yèvres travaillant pour l’église, en particulier la réalisation d’autels, d’une chaire monumentale et d’un remarquable maître-autel. Son épouse meurt le 8 mai 1680 à Alluyes, et inhumée en l’église de la dite commune.

# Naissance en pays chartrain, sans autre précision, de Julien Fleury, mort à Paris en 1725, professeur d’éloquence au collège de Navarre à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages sous le titre : Ad usum Delphini.

# Originaire de Gallardon, Nicolas Frérot, après avoir fait des études à Chartres, embrasse la carrière de jurisconsulte et auteur de plusieurs ouvrages de droit qui ont fait autorité à son époque.

# Surintendant des finances sous Louis XIII, puis Garde des Sceaux de l’Ordre du saint-Esprit, l’attache de Claude de Bullion avec l’Eure et Loir provient du fait qu’il a été propriétaire de la seigneurie de Gallardonet celle du château d’Esclimont. Pour la petite histoire, il est le créateur du Louis d’or qui a réformé sous Louis XIII le système monétaire français.

# On cite un Pierre Barbereau exerçant comme médecin à Dreux, et médecin ordinaire du duc d’Orléans. On lui doit un ouvrage sur les Antiquités de Dreux, dédié en 1627 aux maires et échevins de la cité drouaise.

# Ne quittons pas le XVIIe sans s’être intéressé à un art culinaire né à Chartres, avec son célèbre pâté éponyme, de réputation mondiale de nos jours. A l’origine, l’heureuse initiative d’un traiteur local, également fabricant de pâtés, qui eut l’idée de composer une nouvelle recette essentiellement de gibier, et pas n’importe lequel ; un oiseau migrateur, le guignard aujourd’hui disparu de nos campagnes beauceronnes. Louis XIV dégusta non sans plaisir cette préparation grâce à Molière qui l’avait réceptionné des poètes Chapelle et Bachaumont. Egalement cuisiné avec de la chair de pluvier (espèce de vanneau), puis celle de l’alouette. On imagina d’autre viande, comme la chair des perdreaux et de faisans, voire du canard sans oublier des épices indispensables, agrémenté de foies de volaille ou foie gras et truffes. Plusieurs variantes naquirent. Les pâtissiers chartrains à l’époque traiteurs également, eu égard au succès rencontré, rivalisèrent pour donner plus de  » piment  » aux préparations ce qui déboucha sur un duel célèbre un peu plus tard entre deux d’entre eux : les sieurs Philippe et Lemoine, dont les pâtés étaient jugés parmi les meilleurs ce qui eut pour conséquence une lutte sans merci pour s’approprier le titre. Deux rimeurs de talent, Nicolas Guillard et Collin d’Harleville échangèrent moult envolées au nom des deux traiteurs, ceux-ci entretenant la polémique sans qu’aucun des deux bretteurs sortent vainqueurs. Pendant ce temps, la réputation se fit rapidement au-delà de la Beauce, et dépassa les murs de Chartres au point que les Parisiens leur passaient commande. Pour tout le monde, un délice incomparable avec une chair finement préparée, désossée pour qu’elle soit appréciée dans toute sa pureté : la réputation du pâté était en jeu, et n’a pas failli, étant proposée de préférence à la saison du gibier. En 1804, Grimod de la Reynière cita la préparation dans l’Almanach des Gourmands. Plus tard, Gustave Hoyau, humoriste chartrain, croque ce duel par un dessin représentant un soldat coiffé d’un pâté de Chartres qui fit rire par l’harnachement hétéroclite dudit caporal bine pr ésent dans les émoires de l’époque.En 1849, lors de l’inauguration de la gare de Chartres, le dessinateur Chame exécuta un dessin représentant un train entrant dans un énorme pâté dont le toit était surmonté d’un…guignard( autrement dit le guignard-pluvier). En 1885, un nouveau traiteur local, Marcel Voisin, installé à quelques pas de la place des Epars, codifie la recette qui doit obéir à des ingrédients de base, à chaque traiteur de la faire évoluer mais sans déroger aux règles essentielles sans lesquelles un paté de Chartres ne peut recevoir ce label. Surnommé le  » Napoléon du pâté de Chartres  », ce nouveau traiteur reçoit la même année à Paris, la Médaille d’or de 1ère classe à titre exceptionnel. Sans oublier, la Confrérie de l’authentique pâté de Chartres, défenseur de cette spécialité culinaire dont les membres sont vêtus d’une cape de couleur marron et verte rappelant la couleur du pâté de Chartres et celle des toits de la cathédrale. La tête ornée d’un chapeau haut de forme avec une plume blanche symbolisent le sacre d’Henri IV le 27 février 1594, et tenant à la main une canne à tête de canard. De nos jours, le paté de Chartres peut subir toutes sortes de nouveautés, à la seule condition que les règles de base soient respectées. C’est à ce prix que le Paté de Chartres conserve ses lettres de noblesse dès lors qu’il est proposé à la vente.

# 27 avril Décès à Dreux de Jean Metezeau. Fils aîné de Clément 1er Metezeau, il succède à son père en qualité de maître d’oeuvre et architecte à Saint-Pierre et construit, sans doute après avoir terminé la tour Saint-Vincent, le transept et le portail sud.

1601

# 26 ou 27 décembre. près de Chartres, décès de Jeanne de Coesme, princesse de Conti, fille d’Anne de Pisseleu, épouse en secondes noces de François de Bourbon, alors qu’elle se rendait aux noces de sa fille, Anne de Montafié, comtesse de Dreux.

1602

# – Né en cette année, Jacques Favier fut un seigneur très puissant du Boullay-Thierry qui fit preuve de beaucoup d’attention en finançant certaines constructions dont celle du château, de même la restauration de certaines églises. Inhumé en l’église du Boullay-Thierry (1671). Un retable en l’église Saint-Lubin témoigne des armoiries de gueule à trois concombres supportées par deux lions que l’on peut distinguer en bas à gauche.Décès à Boullay-Thierry le 6 février 1671.

# Sa date de naissance est imprécise, peut-être un an auparavant, si l’on se réfère à sa date de baptême en 1621, à une époque où la mortalité infantile poussait les familles à faire oindre à leur naissance leurs enfants, trop souvent nés dans des conditions précaires. Est-elle née au Mans ou Nogent-le-Rotrou, plus vraisemblablement dans la cité percheronne. De petite noblesse Françoise-Marie Jacquelin, fille de barbier-chirurgien, devient l’épouse du gouverneur de l’Acadie (Canada – New Brunswick de nos jours) en la personne de Charles-Etienne de La Tour. Une guerre de succession, à la française, va engager son époux contre Charles Menou d’Aulnay parti pour aller chercher du secours chez les Anglais, ce que la France lui avait refusé. Seule avec 45 hommes de la garnison, elle doit capituler, et assister à l’exécution de ses hommes. Epargnée, elle meurt (1645) quelques jours après en raison du choc émotionnel qu’elle aurait éprouvé. Un fait d’histoire ignoré des livres d’histoire.

2 août – Une tempête se lève à Vitray-en-Beauce, et la foudre incendie de nombreux champs de blé.  » les bleds furent fouldrez en telle manière qu’il y eut plusieurs endroicts plus de la moitié des bleds perdus et en aucun lyeux moing, presque deux semences et en autres lyeux moing, et pour le regard de ceux de ceste paroise, il n’y avoit que envyron la moictié de sayez.  » –

septembre – création à Chartres d’un office de médecin pour le bureau des pauvres dont Michel Bouteroue, praticien chartrain assure la première représentation. –

28 septembre – Servais, marquis de Meslay-le-Vidame, et Pasquier Bonniqueau de Boisvillette sont pendus pour fabrication de fausse monnaie.

1603

# 10 septembre  – Authon-du-Perche est confronté à son tour aux affres de la peste dont les effets vont se ressentir un mois au moins avant que le mal ne s’éloigne, tout en ayant occasionné la mort d’une soixantaine de personnes. Les métiers en rapport avec les animaux de ferme ne sont guère touchés car l’odeur repousserait les puces du rat. Au contraire, les métiers où l’eau est essentielle pour l’exercice de leur profession les expose à la peste, de même certains métiers de bouche. –

# Naissance supposée en cette année à Chartres de Jacques Belly, artiste-peintre à l’eau forte, qui fut élève de Simon Vouet. Auteur d’une trentaine d’oeuvres dont des estampes, il a vécu longtemps à Rome où il est mort. Il s’autorisa un autre nom dans son pays d’adoption sous le nom de Iacomo Belli. Il évolua dans l’univers des Carrache, et plus particulièrement avec Annibal Carrache dont deux d’entre eux étaient ses cousins, Ludovico et Augustin, avec lequel il collabora dans la réalisation d’un recueil de trente-deux estampes sous le titre de Galerie Farnèse dont quelques morceaux sont marqués des initiales IBf ou IBG (Jacques Belli Gallus).

1604

# César Augustin Coste ou Coté, poète originaire de Châteaudun, fait imprimer Nympha Vivarica, en latin, où il décrit le pays dunois. On lui doit ces quelques vers suivants :

Le triste pays que la Beauce/ Car il ne baisse ni ne hausse/Et de six choses d’une grand prix/Collines, fontaines, ombrages/Vendanges, bois et pâturages/En Beauce, il n’en manque …que six.

# Construction du Temple Protestant de Pont-Tranchefêtu, à proximité de Chartres, à la suite d’une initiative des protestants chartrains n’ayant pu obtenir cette construction en la cité beauceronne, et qui avaient cette dispense en 1559. Avec la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685, le temple est détruit partiellement, et reconstruit seulement en 1861. Mais voilà seize années plus tard, les protestants chartrains bénéficient enfin du feu vert pour leur temple en propre. Une décision qui sonne le glas de Pont-Tranchefêtu, le temple est abandonné définitivement, et au fil des années, on pouvait voir sa lente et inexorable détérioration, au point qu’en 2002, la décision d’abattre ce qui est reste est prise. Seuls restent en place, le porche, et le carrelage qui ont subi le poids des ans, avec le cimetière attenant comprenant une vingtaine de tombes plus ou moins en mauvais état. Un lieu de culte à l’abandon témoin de la présence protestante. A signaler également la présence d’une motte féodale à Mont-Tranfêtu.

1605

# 19 janvier  – Exécution par pendaison à Voves de Lucas Bouillon pour  » avoir dict des paroles blasphématoires contre Nostre Seigneur Jésus-Christ et la glorieuse Vierge Marie, disant qu’elle nestoit qu’une put… » Eu égard au caractère gravissime de cet attentat à la religion, son corps fut brulé par la suite.

24 septembre – naissance à Dreux d’un des plus grands esprits de son temps, Antoine Godeau, prélat, académicien et poète, tenant de la rhétorique pour user de la façon à charmer son public. Monté à Paris, Godeau se fit remarquer par sa verve à l’hôtel de Rambouillet. Il tomba alors sous le charme de Catherine de Vivonne aussi belle, vertueuse, connue pour cultiver l’amour courtois en forme de préciosité. Bien que de petite taille, et fort laid, dit-on, il entretint avec art la façon de plaire ce qu’il fit avec grande finesse d’esprit, de tact et de respect de la personne auprès de Julie d’Angennes, fille de sa protectrice. Si bien qu’il fut surnommé  » le nain de Julie  ». Amoureux platonique, il devra à contre-coeur voir sa muse céder au charme d’un autre séducteur à l’origine de la fameuse Guirlande de Julie. Godeau s’en remettra et déclarera en guise de consolation  » Il faut que tous les hommes soient amoureux et que toutes les dames soient aimées  ». A partir de cette mésaventure, il abandonnera ce qui avait fait sa popularité, et se consacre à défendre les pauvres, exhortant les riches à leur devoir de charité. Il meurt le 21 avril 1672 à Vence (Alpes-Maritimes). –

25 octobre – Marie de Médicis se rend à Bonneval puis sur Chartres où elle loge à l’enseigne Le Cheval Blanc.

1606

# 26 mars – Vitray-en-Beauce –  »Il fist ung merveilleux vent et grade tempeste, tellement qu’il tombat de la tuille des églises et autres maisons, tellement qu’il faisoit ung merveilleux tems dont il fut dit que de long-temps, selon le dire des anciens, il n’yeut ung tel temps et telle tempeste. »

1607

# 1 mai – A nouveau les archives paroissiales de Vitray parlent à propos du temps et autres calamités que subit cette commune.  » Il fist ung merveilleuc temps, dont il tomba force eaulx, et sur le soir il faisoit ung grand nent et tomba aussi force neige en telle sorte et manière qu’il y eut beaucoup d’ arbres rompus, non pas en ceste paroisse, mais vers Minières, Dampnemarie et autres endroits. La peste fait aussi des ravages. »

20 décembre toujours à Vitray-en-Beauce, l’abbé se faisant un plaisir de retranscrire ce qui convient de raconter pour la mémoire de ses fidèles  » Il commença à geller, dont un jour ou deux après commença à neiger, et dura les neiges jusqu’au dernier jour.

1608

# mars. – Il s’en trouva à la court de Jacques Bourgeoys qui demeure au bout du carrefour en la dernière maison,dix pieds. Il fist ung fort grand froid si aspre et si rudde qu’il mourut beaucoup d’hommes de de femmes par les chemins, et mesme que l’on tient que vers le Pays Bas il mourut la tierce partie du monde. Mesme aussi que les eaues furent sy grandes qu’elle abattirent plusieurs maisons, en manière qu’il y eut beaucoup d’ hommes, femmes et enfants noyés. Les ponts de Jargeau, de Gien et autres ont estés rompus par les eaux. La rivière d’ Orléans desborda sept lieues de loing, dont y a de grandes pertes, environ ladicte rivière plusieurs villages tous renversés, mesme qu’on dict qu’en ung village, il n’est demouré que l’église. Je me suis trouvé en plusieurs compaignies et disans qu’ils ont ouy dire par plusieurs anciens que jamais n’ont vey ny ouy dire avoir veu un pareil temps. Commença a desgeller le vendredi 8e jour de février. » et d’ajouter  » Il y eut une grande perte sur les fruitz de la terre, dont les bleds furent grandement endommagez, et l’on tient qu’il y a la moictié presque des terres en sepmences en bled qui n’estoient que tiers à cause de la véhémence de l’hiver, qui fut sy long que au moys d’ apvril il geloit encore et faisoit un temps fort grand. Il y eut pluisieurs lboureurs qui relabouroient leur terre ou ils avoient faicts du bled. »

#  » Les registres de paroisse regorgent de tous ces faits qui ont touché la population face à la fureur des éléments.  » Il fist une telle et véhémente chaleur qu’il y eut plusieurs estant aux champs qui moururent à cause de la véhémence de la chaleur ; dont y en a eu deux en ceste paroisse. L’on tient qu’il y en a eut troys en la paroisse de Voves. Vers Chartres, il en mourut aussy –

#août – il fist une grande et véhémente chaleur approchante de celle de la veille ; touttefois que ung peu après mydi l’air se brouilla de telle façon et en telle sorte qu’il y eut de grands tonnerres et de grandes temestes en l’air, dont en issit grande abondance de gresle et eaux.Donc la gresle et tempeste apportèrent grandes pertes et dommages aux blez et aveines, non en ceste paroisse, mais bien en la paroisse de Bouville. La gresle qui porta dommage commençoit à my chemin de Lupplanté et Bouville, tirant d’ un costé vers la Petite Vallée, lieu situé entre Bouville et Génerville, de là vers le Boys Brisson, lieu situé au bout de Bouville vers la Ronce, et de là vers Angouville, et d’autre part tirant vers la Brière Guion, lieu situé entre Vitray et Bouville, et de la tirant vers ledit Angoiville. La gresle estoit de la grosseur de balle de trippot. Près de Chartres, il y eut de la perte aux vignes et aux fruitz .

16 septembre Cantienne Mautainet, originaire de Saint-Georges-sur-Eure, convaincue d’infanticide, est condamnée à être pendue. Elle fait appel de son jugement. Conduite à Paris et déposée devant la prison de la Conciergerie, les juges, en raison de sa jeunesse et de sa position d’orpheline comme convaincus des arguments de la défenderesse, la condamnèrent tout de même à  » estre battue et fustigée à nud de verges par les carrefours et lieux accoustumez  ». Ramenée à Chartres, la sentence fut ensuite exécutée en sa commune de naissance devant une foule importante et rameutée pour la circonstance pour faire exemple. A chaque carrefour, la jeune fille fut battue malgré ses sanglots. Au terme de son supplice, la condamnée est remise à sa tante qui n’eut plus qu’à la panser et veiller sur elle.

# 20 septembre.Chartres. Naissance de Paul Beurrier, chanoine et confesseur de Pascal. Son père était procureur au présidial (ancien tribunal civil et criminel)de Chartres. (Nota. Une certaine confusion semble peser sur ce personnage puisqu’une autre source laisse apparaitre, la naissance à Chartres, en 1610, sans citer le mois soit deux ans plus tard, toujours de Paul Beurier.- point de référence à Pascal – Curé de la paroisse de Sainte-Geneviève à Paris, puis abbé, appartenant à l’ordre de Saint-Augustin et de la Congrégation de Sainte-Geneviève. Quelques écrits à son actif qui en fait un excellent théologien de son époque : Vie de sainte Geneviève (1641) – Chronologia brevis (1672) – La perpétuité de la foy et de la religion chrétienne dans les trois états, expliquée et prouvée en deux cents homélies (1680 – 2v.). Décès à Paris le 25 janvier 1696.)

1609

# – Jacques Guillemeau, considéré comme l’un des plus grands chirurgiens de son temps, fait paraître un ouvrage à propos de l’heureux accouchement des femmes, saluant au passage Dame Péronne, maîtresse sage-femme, née à Chartres v.1560, dont les travaux aidèrent à la réalisation de cette étude. –

# Un avocat de Melun, un nommé Sébastien Rouillard, séjournant un moment à Chartres, écrit La Parthénie ou Histoire de la Très Auguste et Très Dévote Eglise de Chartres dédiée par les vieux Druides en l’honneur de la Vierge qui enfanterait. Il s’agirait en fait d’une légende qui nous apprend que la cathédrale est la fille supposée de druides carnutes annonçant la venue de la Vierge, ceci dans le but d’asseoir la haute autorité du chapitre cathedral. Ainsi l’existence d’un roi gaulois, sans doute carnet, aurait permis de fonder les prémices d’une orientation religieuse qui prendra nom de chapitre par la suite. Une légende qui va tenir contre vents et marées au sein d’une population crédule, entretenue par une Eglise forte de son pouvoir. On fera croire que certains miracles en sont la résultante. De même certaines menaces d’excommunication vont dit-on circuler, et bien d’autres faits suspectés qu’il n’est pas toujours facile d’établir. Il faudra attendre la fin du 19e siècle pour voir cette légende définitivement abandonnée. Décès à Boullay-Thierry le 6 février 1671.

# L’évêque de Chartres, Philippe Hurault prescrit  » à l’avenir qu’il n’y aurait plus pour chaque enfant des deux sexes qu’un seul parrain et une seule marraine  ».

23 mars – Marie de Médicis, reine de France, effectue son second voyage à Chartres. Le lendemain, la châsse de Saint-Piat est descendue et ouverte en sa présence.

21 août – naissance à Dreux d’un des grands auteurs dramatiques de son temps, Jean Rotrou, à la base de la création de la scène française. A 19 ans, il écrit sa première pièce qui sera jouée à l’Hôtel de Bourgogne à Paris. Il devient  » poète à gages  » . Richelieu lui fait grand honneur en le faisant nommer  » Gentilhomme ordinaire  » par Louis XIII. Il se prend alors d’une grande amitié pour Pierre Corneille que Rotrou appelle son maître. Une attitude de respect entre ces deux hommes que trois ans séparent, puisque le ‘’ Grand Corneille ‘’ a trois ans de plus. Tout en étant fréquemment à Paris pour la représentation à succès de ses pièces, il achète la charge de  » Lieutenant particulier, assesseur criminel au comté et au baillaige de Dreux  » En 1640, il se marie avec Marguerite Camus. Le couple aura six enfants. Une union bienvenue pour ce poète généreux et dépensier. Il mène alors une vie plus réglée, et se consacre sereinement à l’écriture. Apprenant que la peste ravage la population drouaise, il refuse les conseils de son entourage qui lui dicte de faire attention., lui suggérant d’aller habiter à Montfort l’Amaury, mais il n’en a que faire. Il se rend à Dreux. Mais le mal est là, Rotrou à son tour, est atteint de cette maladie hélas incurable, meurt le 28 juin 1650 à seulement à 41 ans, laissant un grand vide pour le théâtre français.

1610

# – Henri IV vient à Anet rendre visite à Marie de Lorraine, duchesse d’Aumale.

31 mai – Dix-sept jours après l’assassinat du roi de France par Ravaillac, en ce lundi de Pentecôte, M.De la Frette, gouverneur de la ville de Chartres, accompagné de hauts dignitaires chartrains et d’une grande partie de la noblesse, se porte au devant du cortège qui porte le coeur de Henri IV, puis l’accompagne pour faire son entrée dans la cité beauceronne par la Porte Guillaume.

Le cortège repartira pour gagner Champrond, puis Nogent-le-Rotrou, ensuite La Flèche où sera déposé la précieuse relique royale.

# Naissance à Chartres d’Etienne Carneau. Abbé, il consacre le plus clair de son temps à l’écriture, poète et amateur d’anagrammes, Carneau en bon vivant, fut, avant tout, compositeur de chansons à boire, mordantes aux mots piquants. Sa plume en verve se moquera de ses contemporains, les invitant à venir partager quelques bonnes bouteilles. Durant la minorité de Louis XIV,il fut soupçonné d’être à l’origine de quelques libelles à l’encontre de Mazarin. Tétanisé par une mort prochaine qu’il redoute, il composa son épitaphe. De peur de ne point recevoir l’extrême-onction et partir l’âme tranquille, il avait suspendu au dessus de son lit un billet où on pouvait lire ces quatre vers où il exprimait sa dernière volonté, s’il était incapable de l’exprimer lui-même. Il meurt en 1671 à Paris.

Cy-gist qui, s’occupant et de vers et de prose/ A su quelque renom dans le monde acquérir. / Il aima les beaux-arts, mais, sur tout autre chose / Il médita le plus sur l’art de bien mourir.

1611

# Avril  –  » Se descouvrit plusieurs tombeaux de pierre par ung certain laboureur de Marboy près Chasteaudun, auxquels tombeaux se trouva des corps et ossements ; et furent trouvés en plein champ. Le lyeu ou les dits tombeaux ont été trouvés est bien de la grandeur de deux arpents de terre environ qui est de peu de valleur et esloingné d’une chapelle qui a esté ruinée. Ceux du pays disent qu’anciennement il y avoit une ville qui s’appeloit la Magnanne. Entre les dits tombeaux, j’en ai veu quatre qui estoient juxte les ungs et les autres et n’en vey guierre qu’un ou deux qui feussent seulz ; les autres deus et deux, trois et trois et autre nombre .  »

# Dans le courant de la présente année, un statuaire orléanais, Michel Bourdin entreprend les sculptures qui ornent le choeur de la cathédrale de Chartres, et qui seront achevées par deux artistes locaux et sculpteurs de métier MM.Dieu et Legros.

23 août – Découverte de Chartres par un visiteur se rendant en la cité beauceronne pour la première fois. Admiratif, voici ce qu’il écrit aimablement  » Je ally à Chartres, ou estant vy plusieurs hommes de travail qui travailloirnt tant à abattre la porte que murailles de ladicte ville de Chartres à l’endroit de la porte Saint Michel, qui estoit proche de l’église Saint Michel, la reculant d’environ 40 à 50 pas hors la ville, poor icelle accroistre et augmenter, y joignant tout le grand ravelin de ladite porte. Jvis aussy ung beau logis que Mr de Montescot faisoit bastir en ladicte ville, et c’est le plus beau logis de Chartres et le plus spacieux. »

4 septembre. Claude Nicole, conseiller du roi et poète voit le jour à Chartres. Membre du mouvement théologien  » Ces Messieurs de Port-Royal  » (ou  » Solitaires  »), Nicole se montre actif. Pour le compte des Petites Ecoles, il enseigne le latin, le grec et le français. En 1653, le pape condamne ces scissions, mais Nicole, refusant le schisme, clame ‘’ J’ai une telle haine des contestations, que parce que le partage des opinions en a quelque image, il me fait toujours peur, et je ne prends point plaisir d’y être meslé (…)Ces contestations m’ont rendu si timide, que je crains même lorsqu’il n’y a pas sujet de craindre. C’est pourquoi je compte un peu entre les avantages de la retraite d’en être délivré. ‘’ La colère de Louis XIV s’abat sur Port-Royal avec la fermeture en 1660 des Petites Ecoles. Nicole part s’exiler en Belgique, suite à une lettre adressée à deux évêques lui vaut de s’attirer les foudres du pape Innocent X. De retour en France, il est obligé de se cacher ‘’ Qui m’aurait dit, il y a six mois,, qu’il faudrait me résoudre à n’avoir ni feu ni lieu, à être à charge à tout le monde, à changer continuellement de demeure, à coucher sur la paille, avec la fièvre, dans des trous creuses sous les rochers de la Meuse ? ‘’ L’intervention de l’archevêque de Paris calme finalement les esprits. Entre la capitale et Chartres, il fera de nombreux allers retours avant qu’une attaque cérébrale ne le foudroie.(1685).

# 11 septembre – Le futur roi en titre, Louis XIII, vient à Chartres pour accomplir ses dévotions avec sa mère, Marie de Médicis, alors régente du royaume en raison de la minorité de son fils. Ce dernier devra attendre l’âge de quatorze ans pour régner.

# 12 septembre – Tenancier de tripot, Jacques Régnier, et échevin, avait fait bâtir un jeu de paume. Ce tripot, un des premiers établissements date de 1460, était connu sous le nom de Tripot des Halles ou Tripot Régnier. La réputation de cet endroit était telle que le samedi 12 septembre 1611,si l’on en croit l’historien beauceron Louis Merlet, Louis XIII âgé de 10 ans en visite à Chartres manifesta le souhait de jouer à la paume après dîner – déjeuner en réalité – avec La Mannie (ou Maunnie), une femme qui excellait dans ce jeu. Honorée d’être investie d’un tel honneur royal, elle accepta mais préféra perdre la partie que devoir battre sa jeune majesté. Une femme connue pour user de ses charmes, et qui préféra porter un caleçon pour ôter partie de son intimité à la vue de Sa Majesté qui plus est en bas âge. Elle revêtit pour la circonstance un caleçon, dénommé  » bridafesse  », en usage à la cour de France lorsque ces dames de la noblesse montent à cheval. Ce caleçon a pour origine Venise et porté par les prostituées. Sans doute La Mannie bénéficiant-t-elle de certaines largesses pour recevoir comme il le fallait, les joueurs de paume ou de volant.

# Comme ses prédécesseurs, le roi vient se placer sous le patronage de Notre-Dame. –

Mercredy 21e jour de décembre a été inhumé dans l’esglise de Miermaigne, Jehan Trepeau, lequel a esté tué, en le chemin de Brou entre Dampierre et Luigny ; par de meschantes gens, environ une heure de nuict. Signé : L Sarceau.

1612

# – épidémie de peste à Châteaudun.

# Naissance de Basile Fleureau, pour les uns à Toury, d’autres à Etampes. Religieux barnabite,auteur d’Antiquités de la ville et du duché d’Estampes, paru (1683)après sa mort survenue en 1674.

# 20 mai. Pierre Delacroix, vice-bailli de Chartres, est tué devant la porte du château de Fromentières (Marne)

# Châteaudun – Baptême et supposée naissance ce même jour de Nicolas Chapron, peintre et graveur à l’eau forte. Montant à Paris, il fut l’élève de Simon Vouet.Il serait décédé en cette même ville vers 1656.

1613

# 1 janvier  – Une lecture des archives religieuses nous révèle ceci : il fist un ung merveilleux temps pour faire de grands vents, et ledit temps dura environ quinze jours, et par la force d’icelluy furent abbatus plusieurs moulins, entre les autres ung qui estoit proche du Boys de Fougières (Bois de Fougères) qui s’appelloit le moulin de Partins, ung autre auprès de la Runce ; plusieurs arbres fruitiers, plusieurs maisons furent abattues et descouvertes ; les esglises furent molestées et descouvertes mesme le plomb de la grande église Notre Dame de Chartres fut levé en plusieurs endroits ; tellement les anciens disoient que de leur vie n’avoint veu ung pareil temps. Plusieurs clochers aussy abattus.#

# Jean Toutin, le plus en vue de cette famille orfèvre et peintre émailleur, voit le jour à Châteaudun. A l’origine du procédé de l’émaillage sur or ou cuivre, il invente également les carreaux opaques reproduisant tant les couleurs brillantes qu’ opaques comparables à celles de la peinture à l’huile. Des oeuvres sont visibles de nos jours au Musée du Louvre, à Genève, Amsterdam et à Londres –

7 juillet–  Louis XIII sur le trajet de la Loire, déjeune à Toury en l’auberge de L’Escu de France, puis se rend à Chartres. Il reviendra pour un séjour du 26 septembre au 3 octobre, puis à la Toussaint de 1623. Nota : La cathédrale de Chartres a été construit sur un site païen, celui des Carnutes, certains historiens avançant la théorie selon laquelle ils vénéraient  » La Vierge à l’enfant  » selon leurs croyances. Par la suite, l’édifice chrétien est devenu un berceau de la dévotion mariale, associée au culte du voile de la Vierge.

1614

# Cathédrale de Chartres. le Chapitre fait appel à Crespin Carlier, un facteur d’orgue flamand, originaire de Laon (Aisne), connu pour la grande influence sur la performance des orgues en France. Il vient réparer l’orgue et profite de l’enrichir.

# 30 juillet – Le Duc de Sully, Maximilien de Béthune, vend au prince de Condé l’abbaye de Coulombs (Nogent-le-Roi) pour la somme de 80 000 livres soit en euros 2 700 000.

1615

#– Cérémonie grandiose : 90 ecclésiastiques venus de Paris et de Chartres organisent une cérémonie à Brou où 4 000 communions sont célébrées.

# Dreux. Naissance de Pierre de Rotrou, frère de Jean de Rotrou. Qualifié de noble, il est mentionné comme secrétaire du Roi, secrétaire du Général Jean-Baptiste Budes de Guébriant. Il fit édifier le château de Baudreville, près d’Etampes.

# 18 avril – Naissance à Voves de François Gendron, abbé de sa commune natale, qui passe pour avoir été, neuf mois, l’un des médecins de la reine Anne d’Autriche (1664) alors qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. Sa réputation tient au fait qu’il aurait accompli des études médicinales, pour aller ensuite aux Amériques, ramenant des traitements nouveaux. Pour autant, il persuade Louis XIV qu’il détient le traitement de cette maladie grâce à une pommade à base de belladonne et de cendres de roche de Beauce. A l’évidence, son remède ne suffira pas, loin de là puisque la reine-mère meurt quelques mois plus tard. Parti à Orléans s’occuper des pauvres, on prétend qu’il aurait administré avec bonheur, ses recettes de médecine jusqu’à la fin de sa vie (1688).

1617

# – De son vrai nom Dori, puis Dori-Galigaï, Sébastien Galigaï est originaire de Florence, et passe pour un gentilhomme pour le moins aventurier qui connut une carrière d’intrigant et d’opportuniste avec sa sœur Léonora Galigaï (décapitée et brûlée en 1617 à l’âge de 46 ans pour crime de lèse-majesté), épouse de Concino Concini, maréchal de France. Favori de Marie de Médicis, alors reine de France, il sut obtenir des faveurs qui lui permirent de devenir abbé commendataire de Marmoutiers (1610) puis archevêque de Tours(1614) grâce à sa sœur Léonora proche de la reine, et qui deviendra l’une des femmes les plus puissantes du royaume.. Hélas pour lui, son beau-frère Concini, maréchal d’Ancre, tombe en disgrâce et il est tué sur le pont du Louvre le 24 avril 1617. Il n’a, alors, d’autres moyens que de fuir la cour de France en allant d’abord en toute discrétion à Paris au collège de Marmoutier, rue Saint-Jacques, pour ensuite se réfugier en Italie laissant vacants son siège et son abbaye avant de rejoindre, paraît-il, l’abbaye de Nottonville, appartenant aux moines de Marmoutiers. Il y meurt en 1617 ou plus vraisemblablement le 21 mai 1641 ce qui reste encore, du reste, à démontrer.

1618

# – Décès de Louis d’Angennes de Rochefort de Salvert, 41 ans, propriétaire du château de Maintenon.

# 11 mai.Chartres . Première ouverture de la Foire aux Barricades, vingt ans après la décision d’Henri III d’accorder cette foire.

# – 18 avril. Voves. Naissance de François Gendron, abbé de sa paroisse natale, puis celle de Notre-Dame de Mézières en Bourgogne. On ne connaît que très peu de choses de lui si ce n’est qu’il aurait été médecin de la reine Anne d’Autriche durant neuf mois et aumônier du roi Louis XIII. Son biographe pense qu’il a sans doute fait des études médicinales, serait parti aux Amériques, ramenant des traitements nouveaux. Parti à Orléans s’occuper des pauvres, il leur administra, avec bonheur, ses recettes de médecine, ceci pendant plus de vingt ans. Il est l’un des ascendants de la famille Deshayes-Gendron*, notamment oncle de Claude (1663/1750). Il meurt à Orléans le 2 avril 1688.

1619

# Mai – Naissance à Chartres d’André Félibien, architecte et historiographe de Louis XIV. Très proche des principales académies comme de Fouquet et Colbert, il est nommé par Louis XIV garde du cabinet des Antiques (1673), position privilégiée qui le conforte comme architecte de référence. Auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation, notamment sur la peinture, abordant tant la composition que le dessin et le coloris, il sera au coeur de la fameuse querelle entre les partisans de Rubens et ceux de Poussin, à propos des coloris. Décédé à Paris le 11 juin 1695.

# Mai.Chartres. Mécontentement chez les marchands de vin voulant toucher un droit de 15 livres (environ 700 euros) par  » queue de vin  » entrée dans la ville à l’occasion de la Foire aux Barricades. A cet égard, ils décident de ne point alimenter la cité beauceronne, mais l’exigence des autorités municipales les obligent à procéder à la livraison, si bien que la foire fut gardée pour éviter des vols.

# 26 septembre  – Louis XIII et Anne d’Autriche, accompagnés de Monseigneur de Guise, Monsieur de Luynes, et autres princes de même des grands du royaume sont arrivés de Bonneval pour se rendre à Chartres où ils vont séjourner une dizaine de jours. Le Roi avait pris soin d’adresser une lettre six jours auparavant à l’attention des échevins.  » ….que nous aimons mieux que vous vous employiez à vos affaires domestiques, où la saison des vendanges vous appelle. ‘‘–

30 septembre – Etant arrivée la veille, en compagnie de toute une suite, ayant elle-même été transportée dans un carrosse attelé de six chevaux, Henriette Marie de France dine à Bonneval, puis retrouve son frère, le roi, à Chartres. –

19 novembre – la foudre tombe sur le moulin de Luplanté appartenant à Monseigneur de la Frette, et plusieurs maisons aux alentours en subissent les mêmes dommages mettant à bas les constructions.

1620

# Décès à Paris de Damien de Templeux, écuyer et sieur du Fretoy, dont l’attache avec l’Eure et Loir tient au fait qu’il est auteur d’une carte du  » pais de Beauce  », carte qui subira quelques transformations et compléments en fonction de l’évolution de la connaissance.

# – naissance à Dreux de Jean Danican dit Philidor. Meilleurs interprète que compositeur qui ouvre la grande lignée der cette famille de musiciens et compositeurs de musique. Décès à Paris ( ?) en 1679

# Aux alentours de cette année, naissance à Sedan de Pierre Trouillard qui fut pasteur à la Ferté-Vidame vers 1667, puis tint la même fonction dans sa ville natale. Il était professeur de théologie. (Voir son fils 1646)

# 10 mai – Les archives paroissiales nous apprennent qu’à Bouville, une forte grêle a tout ravagé. Trois jeunes garçons effrayés par la éléments en furie s’enfuient, mes grêlons auraient été tellement énormes que l’un d’entre eux tue sur le champ l’un des garçons. A Saint-Piat, près de Maintenon, ce même jour, l’Eure déborde d’une façon intempestive, emportant huit logis se trouvant sur les bords, et bon nombre d’arbres fruitiers furent déracinés par le fort courant qui s’était répandu dans les champs alentours. Huit personnes de tout âge ont péri noyées. –

# Louis de Pontbréand, écuyer de Louis XIII, seigneur du Mesnil et de Saint-Lubin, descendant des seigneurs de Bréchamps, commune située à côté de Nogent-le-Roi entreprend la construction du château de Saint-Lubin-des Joncherets. Elevé en style des demeures de l’époque, détournant l’Avre et faisant creuser des canaux. Les douves et le parc attestent d’un ensemble séduisant et convivial.

1622

# 1621-1622 – disette céréalière

# – Le diocèse de Chartres passe sous l’autorité de celui de Paris sur décision du pape Grégoire XV.

# Débuts de la construction du Château du Boullay-Thierry où naîtra Zoé Talon, favorite de Louis XVIII –

# Jacques de Montescot vend l’Hôtel de famille aux religieuses d’un couvent du Maine et Loire, appartenant à la communauté des Ursulines. Sa destination, l’éducation des jeunes filles pauvres, puis racheté par la communauté des Filles de la Providence, congrégation de droit pontifical.

1623

# – Le duché de Chartres fait son retour au sein de la Couronne de France. Gaston d’Orléans, frère de Louis XII en reçoit l’apanage selon l’usage qui le rend destinataire de cette partie de domaine royal, puisqu’il est prince sans pouvoir. –

30 mai – naissance à Montigny-sur-Avre de François-Xavier de Montmorency-Laval-Montigny. Issu d’une haute lignée française, à 36 ans, il est nommé vicaire apostolique au diocèse de Québec au titre de l’Église catholique romaine qui gère sous forme de juridiction les pays qui ne détiennent pas encore de diocèse (évêque). En 1674, en même temps qu’il devient premier évêque en cette même ville, naissance officielle du Québec. Devenu Monseigneur Laval, il accumulera de grandes richesses en ce Nouveau Monde. Il disparaît en 1708.Les Postes Canadiennes émettront le 28 janvier 1973 un timbre à son effigie.

1624

# 10 février  – Chute de neige  » étrangement plus que l’on n’a jamais vu , avec un vent très grand avec pour conséquences un grand hiver et deux mois de gelée sans relâche » , pour se prolonger d’une façon plus conséquente les 8 et 9 avril. –

# Etienne d’Aligre est nommé par le roi Louis XIII Garde des Sceaux sous l’ère Richelieu.

# Sully achète le château de Nogent-le-Rotrou, à l’époque connue sous le nom de Nogent-Béthune.

1625

# – nouvelle disette céréalière avec des répercussions sur les deux années suivantes, des cours des céréales en augmentation vertigineuse avec les conséquences qui s’en suivent sur la population.

# 14 mai. Suite à un conflit financier, alors que nous sommes à la veille de l’ouverture de la Foire aux Barricades, aucun participant marchand ne se présente, aucun étalage, pas la moindre âme qui vive. La place est déserte. Jean Genet, procureur du roi, s’indignant d’une telle situation, s’adresse avec autorité à la Chambre de Chartres pour que les commerçants de la ville remplacent les défaillants. Ainsi, les 11 orfèvres, les 45 merciers, les 8 maîtres-cordonniers, les 5 tanneurs, les 6 tapissiers, les 32 carreleurs-savetiers (réparateurs de souliers), les 3 parcheminiers-mégissiers, les 20 boulangers, de même les procureurs des communautés de sergiers et de drapiers, somme toute la totalité des commerçants de la ville, sont invités et se voient imposer leur présence. Bien entendu, on peut aisément deviner que tout ce monde ne soit pas d’accord, mais le procureur use de son droit, et leur enjoint d’ouvrir le lendemain 15 mai, leurs boutiques à la foire  » et faute de se faire, se verraient condamner à 50 livres d’amende (2400 euros de nos jours !), si mieux n’aiment pas fermer leur boutique de ville, avec défense d’y travailler, et vendre sous peine de la même amende  ».

13 octobre – naissance à Chartres de Pierre Nicole, écrivain, théologien, controversiste et moraliste. Proche du jansénisme, ses réserves découlant de ses querelles avec Arnaud d’Andilly, sont à l’origine d’une inévitable controverse à propos des Jésuites. Nicole enseigne dans les petites Ecoles de Port-Royal. Innovant avec le latin, le grec, le français qui ne faisaient pas partie de l’enseignement d’alors. La fermeture de Port-Royal va constituer un long calvaire pour Nicole qui fait son possible pour tenter de refaire surface dans le désordre doctrinaire que suscite le souvenir de Port-Royal et ses grandes figures. Il meurt en 1695 dans une grande piété, non sans avoir reçu la visite de nombreuses personnes venues témoigner leur fidélité sur son lit de mort.

1626

# Une querelle se fait jour à Chartres, lorsque quelques ecclésiastiques s’élèvent contre le port du camail, une sorte de pèlerine sans capuche dénommée également mosette. Le Chapitre de la cathédrale se saisit de cette contestation qui se répand comme une trainée de poudre, dès lors que ses chanoines s’opposent à cette injonction prise sous l’angle d’une mesure estimée disciplinaire. Heureusement, l’abbé François Pedoue, écrivain et poète, à la plume alerte, leur vient en aide, en composant plusieurs chansons couchant ce fait divers religieux, où la dérision excite la colère du chapitre qui crie vengeance. Mais le présidial de Chartres va mettre fin à cette querelle, en donnant raison à ceux-là même qui s’élevaient contre cette mesure dilatoire, au grand désespoir du Chapitre. On en est là, et un silence…religieux s’en suivit.

# 12 juillet Chartres – Procession générale à la mémoire de Saint-André, au cours de laquelle ont été portés la sainte châsse de la Sainte Vierge, celle de Saint Piat, de Saint-Jehan, de Saint- Aignan, Saint-André, Sainte-Foy, Saint-Maurice et reliquaire de Saint-Jacques et celui de la Sainte Croix . En cause, des biens de la terre qui ne peuvent murir, gâtés par les grêles et les eaux en de nombreux endroits, provoquant la cherté du blé.

1627

# Anet. D’octobre à décembre 1628, une grave épidémie de peste entraîne une mortalité importante rendant toute activité impossible.

1628

#– La peste ravage encore et toujours la Beauce, et plus particulièrement Chartres de même les communes limitrophes. Les maisons contaminées sont marquées d’une croix. Interdiction de toucher à la viande. Depuis la Notre-Dame de septembre 1628,  » la contagion a commencé en ceste ville et a été très forte, durant lequel temps nous n’avons rien dit ni chanté aucun service en ceste église : et a cessé vers le mois de mars, et a recommencé au commencement de juillet, qui a été bien plus funeste, et a pris toutes personnes, aussi bien les grandes que les petites, causant de nombreuses victimes au sein de la population.  »

1629

# – Thiron-Gardais devient juridiction des bénédictins appartenant à la Congrégation de Saint-Maur qui donnent un nouvel élan à l’abbaye, et créant un collège et une École Militaire. Le jeune Bonaparte aurait pu, ceci reste à prouver, embrasser la carrière militaire dans cet établissement. Mais la mère du futur Napoléon estima qu’un autre lieu serait plus conforme, avec un climat plus approprié en raison de sa naissance corse.

#– Naissance de Jean Jouet, chanoine de Saint-Piat, maître de psallette (école de musique où l’on forme les enfants de choeur) en la cathédrale de Chartres, il a alors 23 ans. Auteur de nombreux ouvrages historiques et religieux, notamment à propos de Baruch Spinoza, philosophe hollandais (1632/1677) précisant son message de libération permettant d’accéder à la béatitude pour arriver à la connaissance de Dieu. Bayle, Bossuet et Voltaire ont salué cet ouvrage. Jean Jouet s’éteint à Chartres en 1702.

# – Dreux. Naissance de Joseph de Dreux, prédicateur capucin, auteur d’un Dictionnaire de la Spiritualité.Il meurt en 1671.

# 27 mai – Chartres – Naissance de Pierre Legros dit Legros l’Ancien qui s’illustra dans la sculpture. A 34 ans, il épouse la fille de Gaspard Marsy, figure emblématique de la sculpture en vogue à Versailles. Une jeune femme si belle qu’il l’utilisa, dit-on, comme modèle pour réaliser L’Eau à la fontaine du Point-du-Jour et la Vénus de Richelieu, au Tapis-Vert, dont les traits rappellent ceux de sa femme. Il collabora au château des Tuileries en réalisant La Vigilance, et La Prise du Luxembourg pour la Porte Saint-Martin. Il meurt à Paris en 1714. –

# Naissance sans doute à Chaudon ou environs, de Laurent Cassegrain, curé de son village, et physicien, il enseigna au collège Pocquet de Chartres,. Inventeur du foyer de télescope dit Foyer Cassegrain (1672) qui fut remis en cause par Newton. Cet dernier jugeant l’invention irréalisable et sans grand intérêt pour l’astronomie. Ce foyer comportait un primaire parabolique et un secondaire convexe hyperbolique. Avec des limites dés lors qu’il générait un coma, c’est-à-dire qu’il déformait les étoiles. Il faudra cependant attendre presque trois cents ans pour qu’un correctif important soit apporté à ce procédé. Laurent Cassegrain meurt à Chaudon en 1693.

# 27 mai – A été fait procession générale à Notre-Dame de Josaphat, où a été porté la sainte châsse de la Vierge et toutes les plus insignes reliques et châsses de la ville tant des religions que paroisses. Ladite procession faite pour action de grâces de la délivrance de la contagion, qui, en la ville, sept mois durant, a été l’origine du décès de 2000 personnes. A cette procession étaient présents Monseigneur de Chartres, Léonor d’Estampes, de même l’ensemble du clergé, en grande dévotion.

Vendredi 6 juillet – Orgères-en-Beauce. Fait divers – Jehan Rousseau, soy revenant d’Orléans avec de la farine et sa charrette, à l’heure de dix ou onze heurs après midy, fut prins des volleurs et brigands, qui luy couppèrent la gorge, entre Cuny et Gidy, et le lièrent les mains derrière le doz et le jettèrent dans les bois, et emmenèrent ses trois chevaux qu’il avoyt et laissèrent la charrette et la farine. Signé : Rémy –

20 septembre – disparition de Simonne Desportes, mère de Mathurin Régnier –

Fin d’année, disette céréalière qui va s’étendre sur l’année suivante faisant monter à nouveau les cours du blé et des fourrages, un problème récurrent.

1630

# – Naissance sans doute à Châteaudun aux environs de cette année de Nicolas Fleury, chanteur, interprète de luth, er compositeur qui joua au service de Gaston, duc d’Orléans. Il se produisit également en Angleterre. Mort après 1704.

# – En ces périodes où la dévotion constitue un recours pour lutter contre les maladies endémiques ou remercier le ciel d’y pallier, la ville d’Issoudun, délivrée de la peste par Notre-Dame de Chartres, lui offre une croix de vermeil.

Cette même année – Construction d’un collège à Thiron-Gardais destiné à dispenser des cours par des moines et des laïques à des enfants de 5 à 10 ans. En 1775, Louis XVI fit de cet établissement un des dix collèges royaux militaires de France. En 1778, le jeune Bonaparte aurait pu venir étudier grâce à une bourse accordée par Louis XVI à son père qui l’envoya ailleurs. En 1793, le collège fut définitivement fermé et vendu comme bien national. De nos jours appartient à une personnalité de la télévision. –

22 mars – Bénédiction de la grosse cloche de l’église d’Authon(du Perche), nommée Pierre par noble homme César de Graffard, écuyer, seigneur de Montaimboeuf et de la Graffardière, et par damoiselle Magdeleine Hason, femme et épouse de noble homme de René de Rohard, écuyer, sieur des Marais ; et par damoiselle Gabrielle Beaudoux, femme et espouse en secondes noces de noble homme Loys de Gallot,écuyer, sieur de Tilly. Signé : M.Hazon.-

11 novembre Michel de Marillac, garde des Sceaux, est entraîné, sans doute contre son gré, en raison de la disgrâce de son frère,lors de la Journée des Dupes. Sur ordre de Richelieu, il est arrêté et conduit en la forteresse de Châteaudun. Ses biens sont confisqués Au bout de deux ans, le prisonnier y meurt de chagrin.

1631

# Août  – La peste sévit à nouveau, décimant la population notamment à Cloyes. Un fléau récurrent qui va s’amplifier durant trois ans. Nombreuses furent les inhumations. Alors que l’appel à Le recours à Dieu est alors l’ultime appel pour bénéficier de la grâce universelle. Malheureusement, les rangs des prêtres se sont considérablement éclaircis si bien que leur ministère est remis en question. Sans prière, comment obtenir l’aide du ciel puisque les médecins se trouvent dans l’incapacité de juguler le mal. Les mesures de prévention ne sont que promesse, et les remèdes miracles prouvent rapidement leur incapacité à éviter une mort irrémédiable. –

# Cette même année – Vivant dans les bois de Lèves un ermite dont l’histoire n’a pas retenu le nom, s’inspirant d’une initiative espagnole datant de 1575 aurait rassemblé, sous prétexte de dévotion, des esprits faibles, en petite secte qui prit le nom d’Illuminés. Il fut arrêté, conduit à Paris avec ses disciples qui, pour certains, eurent tôt d’abjurer leurs erreurs. La secte disparut pour de bon, sur ordre de Louis XIII, ce qui suppose que son initiateur fut exécuté.

26 septembre – Naissance à Chartres de Gilles Marie Blanchet qui fut fort respecté par les Chartrains pour sa dévotion envers les pauvres. L’annonce de sa mort fut un choc si bien que les habitants se cotisèrent pour lui offrir son buste placé dans l’église Saint-Saturnin où il officiait. Connu pour ne point apprécier saltimbanques et comédiens, il constate qu’une troupe est venue s’installer à quelque pas de son église. Ulcéré, il prie le directeur de démonter ses tréteaux et quitter les lieux. Il ne fut pas obéi, si bien que ce chef de troupe eut la désagréable surprise le lendemain matin de constater que son théâtre avait été démonté. Scandalisé, il se rendit immédiatement à Versailles pour se plaindre auprès de Louis XIII, roi religieux par excellence qui donna raison au bon curé chartrain.

1632

# – Richelieu s’intéresse à une remise en navigation de l’Eure sur le parcours Nogent-le-Roi- Pontgouin. Il semblerait qu’une épidémie de peste ait provoqué l’abandon. Sans autre précision.

# 30 au 31 août – Chartres – Plusieurs gentilshommes avec à leur tête le sieur de Villette, agressent l’échevin Vannier de Charmoy, occupé à faire sa ronde, et le laissent pour mort. Le guet averti, se met à poursuivre les agresseurs qui se réfugient à l’évêché, mais la nouvelle se répand très vite dans la cité beauceronne. De nombreux Chartrains se rendent alors sur les lieux pour assiéger le palais épiscopal. Louis de Bourbon devra intervenir pour calmer les esprits, éviter le lynchage, et chercher dans la médiation une solution satisfaisant tout le monde.

1634

# – De nombreux habitants du Perche partent pour la Nouvelle-France, vice-royauté du Royaume de France, celle du Québec (De nos jours, Etat fédéré dont le nom est issu de la langue algonquine, signifiant  » Là où le fleuve rétrécit  » ) . 80 familles émigreront dans un premier temps. Quelques uns reviendront au pays, d’autres se fixeront pour toujours en ce nouveau pays si prometteur. Cette migration concerne surtout de personnes issues du nord du Perche, situons sur Orne et Eure et Loir. Ils sont pour la plupart des gens de la terre, également dans les métiers du bâtiment, venant s’installer à proximité du fleuve Saint-Laurent. Ce qui fait dire que nombreux sont les Québequois qui ont une souche française dans leur arbre généalogique. On estime le chiffre à 1 500 000 d’entre eux. De nos jours, les plaques d’immatriculation québecquoise comporte la mention  » Je me souviens  » . Je me souviens de quoi ? De mes origines françaises. Les descendants français des migrants sont estimés de nos jours à environ un million de Canadiens, sans oublier les Américains (Louisiane).

# Un projet semble tourner autour de la présente date. Charles de Lambreville, avocat au conseil privé de Louis XIII, de même en la cour du Parlement, considéré à l’époque commun spécialiste des rivières, inondations, teinture de tissus, avec une spécialisation plus marquée vers l’étude du charbon de la terre, et les tourbes, et à l’origine de nombreux mémoires qui auraient référence. Toujours est-il qu’il présente aux autorités chartraines une étude sur la possibilité réelle, selon lui, d’exploiter des tourbières dans la vallée de la Voie, notamment près de Béville-le-Comte. Cette entreprise aurait pour mission de les assécher au moyen de canaux, et ainsi récupérer l’eau pour alimenter des canaux d’irrigation et de navigation. Hélas pour lui, les édiles de la cité beauceronne l’écoutèrent, étudièrent, tout en admettant que ce projet était trop grandiose pour être mené à bien. Il s’en suivit un remerciement poli et sans suite. Dépité, et convaincu que ses études valaient la peine d’être menées à bien, s’en fut  » poser ses valises  » dans le Loiret avec un projet connu sous le nom de  » Canal de Pluviers  » dans la région de Pithiviers. Bien qu’il ait reçu des lettres patentes du Roi ce qui le confortait dans sa démarche, il fut la cible d’une vive opposition, si bien qu’il dût abandonner, la mort dans l’âme, des idées trop coûteuses, et sans intérêt majeur.

1635

# – La famille de Rouvroy fait l’acquisition du château de La Ferté-Vidame, ancienne forteresse médiévale. Cette commune reste fort attachée à la mémoire des Rouvroy, ducs de Saint-Simon dont Claude et Louis des mémorialistes, témoins majeurs à la Cour de France. Louis de Rouvroy y rédigera une partie de ses Mémoires, achevées en 1749-

# Philippe Leduc voit le jour sans doute en la cité beauceronne comme enfant abandonné, son père supposé étant noble chartrain. Après des études mouvementées au célèbre collège Poquet, il est exclu pour ses escapades. Serait-il monté à Paris ? Mystère. Se consacrant à la poésie légère partant du principe qu’elle lui donne un sens à sa vie, tout en précisant à son propos ‘’ Pour moy, je ne suis pas d’humeur à me contraindre, qui n’ay rien à demander à ceux qui sont au dessus de moy, sinon à la façon de Diogène, de me laisser mon soleil libre, c’est-à-dire le peu que la naissance m’a donné pour la vie, sans troubles et sans rapines. ‘’ On situe son décès vers 1680. –

11 décembre – Disparition d’Etienne d’Aligre II à l’âge respectable de 85 ans, en son château de La Rivière, près de Pontgouin président du Présidial de Chartres (tribunal civil et criminel). Il fut disgracié par Richelieu, le soupçonnant d’avoir comploté lors de la Journée des Dupes. Toutefois, il a laissé la réputation d’un des plus honnêtes hommes de son temps.

1636

# – La France carrossable entame son expansion rendant nombreux chemins accessibles. On dénombre vingt sept routes, facilitant les déplacements de la Poste. –

# Naissance en 1636 (ou 1640) à Montireau (La Loupe) de Dom François Lamy ou Lami.– Philosophe et érudit. Après une courte carrière dans les armes, il entre à la Congrégation des Bénédictins de Saint-Maur. Sa conversion religieuse découla d’une circonstance particulière qui mérite d’être comptée. Une affaire d’honneur l’opposa vis-à-vis d’un officier comme il l’était lui-même. Ils décidèrent de se battre en duel et au pistolet. Par miracle, la balle qu’il aurait dû recevoir en plein coeur s’écrasa sur un petit livre qu’il portait toujours sur lui au titre de la Règle de Saint-Benoît. Profondément croyant, persuadé d’avoir été sauvé par l’intervention divine du Dieu-tout-puissant, il décide d’entrer en religion. Très érudit, il aurait pu devenir prieur de son ordre mais par deux fois Louis XIV s’y opposa, ce que semble accréditer une version, alors que d’autres sources affirment son contraire. Il a été considéré comme un écrivain de génie.

# Dimanche 3 août – Cloyes –   » Jeanne Martin,  femme de François Daviot,  lavant des tripes de beux auprès du grand pont,  un mal caduque la prit,  tomba dans l’eau et se noya. Sa teste n’estoit pas toute cachée dans l’eau parce que c’estoit à la fine rive de l’eau,  ou l’eau estoit fort petite. Je diray que pour c’estoit le sainct dimanche que Dieu l’a peut estre permis de la sorte,  et qu’elle n’y devoit point aller à cause qu’il estoit le sainct dimanche et que l’accident ne fust pas arrivé. C’est un exemple aux autrez à ne pas mespriser les saincts commandements de Dieu,  de peur d’une punition divine,  et pour éviter les terribles jugemens de Dieu. Signé : Berger  » –

Cette même année – Naissance à Chartres de Jacques Félibien, abbé et théologien, fils de Jean-Francois Félibien des Avaux. Grand spécialiste de l’Ecriture Sainte qu’il enseigne au séminaire de Chartres. Devenu chanoine dans sa ville de naissance, en 1695, il est promu à l’archidiaconat à Vendôme jusqu’à sa mort (1716 ou 1726).

# La ville de Chartres doit fournir pour l’armée du roi, 500 hommes équipés. Les autorités recrutent, mais ne trouvent que 200  » volontaires  » ou potentiellement disponibles. Etant donné cette carence, la ville se voit contrainte de financer un prêt à hauteur de 75 000 livres.( à l’euro d’aujourd’hui : 35 000 000 ! ). Pour trouver une telle somme, Louis XIII accorde d’imposer de nouvelles taxes ( le monde n’a jamais changé !) plus importantes sur les marchandises, et consent à la municipalité de faire appel à la population pour des prêts particuliers.

# – Nouvelle disette céréalière, un problème redondant auquel il semble difficile de pallier. –

11 novembre – Naissance à Chartres de Jean-Baptiste Thiers, professeur de philosophie et de lettres classiques, bachelier en théologie. Avant tout, un simple curé de campagne. Auteur d’un Traité des Superstitions (1769) sur les comportements en Beauce et Perche, une vue sur les comportements villageois. Connu pour ses incartades épistolaires, ses attaques envers le culte des reliques, le chapitre de Chartres le fit arrêter. Il trompa la vigilance de ses geôliers, prit la fuite  » à leur nez et à leur barbe » en s’aventurant en plein hiver, sur un étang glacé. Les archers ne purent le suivre. Prudemment, il préféra quitter Chartres pour Le Mans devenant curé de Vibraye.

1637

# 10 décembre – Naissance au château de Denonville (Arrondissement de Chartres) du marquis Jacques René de Brisay de Denonville, maréchal de camp, 11ème gouverneur de la Nouvelle France (Québec). Confronté à une période fort agitée face aux Anglais et aux Indiens, il se montre incapable de maîtriser la situation. Rappelé par Louis XIV, il reçoit un lot de consolation en devenant sous-gouverneur des Enfants de France. Il meurt en 1710 en son château de Denonville.

1638

#  – Bouthonvilliers, château situé entre Beauce et Perche, voit la naissance d’un des grands mémorialistes du XVIIe et XVIIIe siècles en la personne de Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau. Le duc de Saint-Simon dira un jour de lui, tout en lui accordant un satisfecit pour la qualité de ses Mémoires ‘’ C’était un gentilhomme de la Beauce, tout uni et huguenot dans sa jeunesse : toute la famille l’était, qui ne tenait à personne. ‘’ Il embrassa le camp des armes, s’illustrant comme brillant capitaine de cavalerie, puis aide de camp de Louis XIV. A 29 ans, devenu écrivain fort apprécié, il sera nommé membre de l’Académie Française. En 1670, il reçoit du roi ‘’ Le Brevet des Grandes Entrées ‘’, privilège très convoité. Eu égard à sa position privilégiée à la cour de France, il s’attire la sympathie des courtisans toujours à la recherche d’une distinction par personne interposée. Fin observateur de la vie de cour, il entreprend un Journal qui fourmille d’informations et bruits sur la vie auprès du roi et relatant les événements qui se passent à l’extérieur. Un journal qui est devenu très volumineux, soit 19 volumes, détaillant la vie fastidieuse de cour dont Saint-Simon s’inspirera. Un mémorialiste qui a su conquérir le Roi-Soleil aussi bien par sa façon de jouer aux cartes que d’écrire d’une plume alerte. Ainsi il accepte de rédiger la correspondance de Louis XIV déclarant sa flamme à Louise de la Vallière et sollicité par cette dernière, il en assurait les réponses.. L’abbé de Choisy brosse finement son portrait  » ‘’ Cela dura un an, jusqu’à ce que La Vallière, dans une effusion de coeur, avouât au roi qui la louait beaucoup sur son esprit, qu’elle en devait la meilleure partie à leur confident mutuel, dont ils admirèrent la discrétion. Le roi, de son côté, avoua qu’il s’était servi de la même invention.(…) Dangeau était de grande taille, fort bien fait, devenu gros avec l’âge, ayant toujours le visage agréable, mais qui promettait ce qu’il tenait, une faveur à faire vomir. Il était doux complaisant, flatteur, avait l’air, l’esprit, les manières du monde ; de prompt et excellent compte au jeu où quelques gros gains qu’il ait faits, et qui ont fait son grand bien et la base et les moyens de sa fortune, jamais il n’a été soupçonné, et sa réputation toujours entière et nette.’’. Il gagnera même les faveurs de la nouvelle favorite Madame de Montespan. Fine plume, il est la cible de personnages de cour qui envient sa position de  » favori  » du roi, tout en dénonçant cette richesse qu’il amasse. Gravement malade, confronté à des libelles, il se retire à Paris où il meurt, dit-on, de langueur en 1720, déçu sans doute d’être écarté de la cour de France et son faste.

1639

#  – Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII, vient accomplir ses dévotion en la cathédrale de Chartres dans l’espérance d’avoir un fils. Son voeu sera exaucé puisqu’en 1640 naît Philippe de France. Selon une Ordonnance du roi concernant les arbalétriers en particulier chartrains, ces derniers se voient octroyer le titre d’arquebusiers, les archers quittant l’arbalète pour le mousqueton.

# – Vers cette annéeou plus tard vers 1644. Châteaudun.Naissance de Georges Focus., peintre et surtout dessinateur de grand talent. Il fut membre de l’Académie Royale de peinture et de sculpture ce qui situe le personnage dont on soupçonne qu’il aurait été atteint de folie et interné. Décès à Paris en 1708.

1640

# Les Bénédictins de Saint-Maur s’installent en l’abbaye de Josaphat à Lèves. Depuis deux cents ans, l’abbaye connait les vicissitudes tant des guerres civiles que de l’envahisseur anglais surtout dans la période 1432/1466. Ils se chargent de réparer les ruines morales et matérielles. La mense est alors de 4000 livres soit 103 000 euros pour une taxe en faveur de Rome de 200 florins. En 1778, elle est unie à l’évêché de Chartres soit un revenu de 15 000 livres (170 000 euros), et taxe de 500 florins pour Rome.

1641

# 21 mai – décès à l’abbaye de Nottonville (?) de Sebastian Galigaï, frère de Léonora (exécutée), épouse de Concino Concini(assassiné), deux personnages influents à la Cour de France, et comploteurs qui passaient pour avoir été fort influents sur Marie de Médicis –

# Entre 1641 et 1644, sans plus de précisions, naissance à Châteaudun de Georges Focus qui se fit remarquer par ses gravures au burin et à l’eau-forte qui n’ont jamais été si prisées quand il les réalisait lors de ses crises de dérangement mental.

22 décembre – Maximilien de Béthune, duc de Sully, 82 ans, rend l’âme en son château de Villebon. Le ministre d’Henri IV avait souhaité être enterré en l’Hôtel-Dieu ce qui lui fut refusé puisqu’il était protestant. Ses restes seront accueillies en l’église Notre-Dame. Le mausolée réunit Sully et sa femme Rachel de Cochefilet.

1642

# Les moines de l’ordre de Saint-Maur reconstruisent l’abbaye de Josaphat de Lèves, depuis longtemps en ruines ou presque.

1643

# Couvent de la Providence. François de Padoue, chanoine de Chartres, forme une congrégation de filles dévotes qui se donnaient pour mission de retirer les prostituées de la débauche. Une initiative qui sera vite abandonnée en raison de la difficulté à faire rentrer dans le rang ces femmes, pour finalement se consacrer à des orphelines. Ces religieuses devinrent Filles de la Providence en 1653.

# – Naissance à Bouthonvilliers de Louis de Courcillon, abbé de Dangeau, frère du marquis de Dangeau. Il fut académicien, lecteur du roi et spécialiste du blason. Il se proclamait titulaire du ‘’ Portefeuille des Affaires Grammaticales ‘’ A propos des affaires politiques à la Cour de France, il déclare ‘’ Il arrivera tout ce qu’il pourra mais j’ai dans mon porte-feuille deux mille verbes bien conjugués. ‘’

# – Une nouvelle disette céréalière mine toute une population.

# 25 août – Louis Dieudonné, dauphine de France, 5 ans, vient en visite à Chartres avec sa mère Anne d’Autriche qui entend lui expliquer toute la liturgie de son futur règne.

1645

# 3 juin – Exécution à Chartres de François Langlois qui a le poing droit coupé et ensuite emmené au bûcher, pour avoir arraché l’hostie des mains d’un prêtre, et ensuite l’avoir foulée à ses pieds.

# – Vendredi 15 décembre Cloyes – décès d’Antoine Brisset, âgé de 45 ans, le curé se faisant un plaisir à vouloir coucher sur le registre des décès relatant certaines scènes insolites, avec un plaisir délicat qui mérité d’être cité  » Il y a 12 ans ou environ,  le deffunct Brisset,  estant en sa maison avec sa femme laquelle baillant sa maison d’une main et de l’autre main tenant son chapelet qu’elle récitoit en baillant ledict défunct luy dict quelque chose que sa femme ne voulut faire,  en le priant au nomde Dieu de luy vouloir laisser achever ce qu’elle faisoit en récitant sondict chapelet. Ledict déffunct luy vint arracher son chapelet,  et puis le jeta par terre en jurant et mogriant tripa du pied sur ledict chapelet par plusieurs fois,  et incontinement tomba malade et devint perclus,  allant par l’espace de deux ou trois ans à quatre pattes comme une beste. Après ce temps –là,  voyant qu’il ne garissoit pas,  allant mendier de porte en porte sur les pieds et les deux mains. Dieu m’inspira de le disposer à venir à confesse en la chapelle du Saint Rosaire à Saint Georges, pour demander à Dieu et à sa saincte mère d’avoir méprisé son chapelet,  ce qu’il fit,  devant tout le peuple,  estant devant moy les deux genoux et les deux mains à terre,  comme une pauvre beste,  et après avoir confessé ses faultes et luy avoir faict une remontrance en mon possible,  je luy enjoignis pénitence et luy administray le sainct sacrement de l’Euracharistie. De là,  il alla à Notre Dame d’ Iron aussy par pénitence,  et y faict ses prières,  il se leva et s‘en retourna en sa maison,  et depuis se porta bien et commença d’ aller sur ses deux pieds. Signé : Berger.  »

1646

# Vers cette année, naissance de Pierre Trouillard à La Ferté-Vidame, fils du pasteur de cette même commune, Pierre Trouillard. Son père étant revenu dans sa ville de naissance, il le suivit Par la suite, il tint comme pasteur le temple de Guînes (Pas-de-Calais) qui avait la plus grande surface puisqu’il permettait d’accueillir plus de 3000 fidèles. Sa fonction cessa à la Révocation de l’Edit de Nantes. Il meurt le 29 avril 1701.

1648

#– Dès cette année, lors de sa minorité, le futur Louis XIV accompagne sa mère Anne d’Autriche, régente du royaume, persuadé qu’il doit à Notre-Dame de Chartres, sa naissance. Par la suite, monté sur le trône, il conservera cette même profession de foi à l’égard de la ville et sa cathédrale.

1649

#– Dreux – Décharge par les gageurs de Saint-Pierre de 3 chaînes d’argent pesants 86 gros et demi qui suspendaient la lampe de même métal, qui aurait été mal prise et volée en la dite église par un nommé Pierre de Metz, condamné à servir le Roi pendant 5 ans en ses galères en qualité de forçat, ensemble un chapelet composé de 5 grains d’argent avec des marques de cristal, une petite croix d’argent, une autre aussi d’argent doré en forme de chemise Nostre-Dame, et un grand Agnus Dei, que ledit de Metz avait pareillement pris et voilé en la dite église. –

Châteaudun – Hector du Plessis de Chatillon, gouverneur de la ville , demande aux échevins une somme de 1,000 livres, « pour employer à faire les fortifications nécessaires au château de Châteaudun, achat,d’armes poudres et plomb, ayant de jour à autre avis qu’il y a gens de guerre dans le pays qui menacent et se vantent d’entrer dans le château, ville et faubourgs de Châteaudun ».

1650

# Aux alentours de ce milieu d’année, Nogent-le-Roi voit la naissance de Vincent Beausergent dont le comportement va défrayer la chronique judiciaire. Il est le fils d’un cabaretier sis en cette même ville qui a eu une relation adultérine, Sa venue au monde lui vaudra au cours de sa jeunesse les quolibets de la population nogentaise au point d’être surnommé  » Le Bâtard de la bouteille  » car une bouteille figurait l’enseigne de ce que l’on peut assimiler à un cabaret où la boisson constitue la majorité de la consommation. La naissance de Vincent fut le reflet de ses comportements, une errance dont l’acte final va lui permettre d’accéder à une certaine respectabilité. Il entreprend d’abord des études dans sa ville de naissance, et son père l’envoie à Paris, plutôt se débarrasse de ce témoin de ses amours illégitimes.Entre temps, il rencontre une jeune femme Madeleine Jollivet avec laquelle il se marie, et le couple arrive en la capitale. Il devient clerc, et rapidement aisé, s’achète une charge de trésorier des Gardes Françaises. Visant une union plus valorisante, il entend se séparer de Madeleine mais celle-ci ne veut en rien le quitter bien que leur union soit houleuse. Alors se moquant de la règle maritale, il convole en nouvelle noce. Madeleine l’attaque en 1692 voulant démontrer qu’elle était la seule femme reconnue. Efforts vains devant une justice ne voulant pas mettre en cause l’honorable Beausergent. Six ans plus tard, elle plaide devant le lieutenant criminel de Chartres le 16 décembre 1698. Elle ne pourra jamais produire des documents attestant son mariage, l’ex-mari ayant tout fait détruire. Tout juste, obtient-elle réparation financière par des dommages intérêts qui lui seront accordés par les juges à hauteur de vingt mille livres, soit environ trois cents quatre vingt mille euros de nos jours. Oublié le bâtard.

# – Etre braconnier, expose tout individu à subir une condamnation au fouet, assortie de 30 livres d’amende (environ 700 euros). Pris une seconde fois, la peine s’alourdissait le plus souvent, avec la peine de flétrissure, et bannissement pendant cinq ans. A partir de 1780, le risque est d’être condamné à la peine de galères

#–Dreux – La grave épidémie de peste continue ses ravages sans distinction. Jean de Rotrou en meurt.

Blévy – en cette même année ou dix ans plus tard (date incertaine)  » Vers l’an mil six cent cinquante ou soixante, Mrs les Cinq –Bonnets,de leur patronyme Saint-Bonnet, demeuraient à Blévy dans leur maison qui était un pavillon entouré de tourelles qui y tenaient et ou ils avaient des espèces de guérites ou visières pour découvrir de loin. On les appelait Cinq -Bonnets parce qu’ils étaient cinq frères, dont deux étaient religieux, les trois autres étaient ensemble à Blévy, et on les appelait toujours Mrs de Saint Bonnet, ils étaient gentilshommes et se faisaient redouter et craindre dans tous les environs du pays, et il venait de plus de vingt lieues à la ronde d’autres gentilshommes pour mettre l’épée à la main contre eux, et ils étaient toujours victorieux. Le bois où ils prenaient ces sortes de divertissements était à la Bonde, près la Fontaine de Riolet, au dessus de Baronval. Quand il leur venait quelqu’un, ils le conduisaient en ce lieu, où ils menaient un nommé Foucault, maçon de Blévy, qui portait son violon, et se mettait à jouer pour animer les combattants et le premier qui était blessé demandait quartier, il lui était accordé et ils allaient boire ensemble .Un certain jour qu’ils étaient à se battre, un gentilhomme nommé …. ne fut pas content d’être blessé et frappé à sang, il voulut continuer, espérant renverser un des Mrs de Saint Bonnet   qui se battait avec lui, lequel lui passa son épée au travers du corps, et on le chargea sur un cheval en le mettant de travers comme un sac de blé et il perdait tout son sang, Mrs de Saint Bonnet l’aîné qui le tenait et qui s’aperçut qu’il mourait lui cria plusieurs fois à haute voix : « Dis donc, Jésus Maria, bougre, tu vas mourir comme un chien » en effet il mourut, et ils firent avertir le Curé d’enterrer aussitôt un homme de leur compagnie qui venait de mourir ; ce qui fut exécuté ledit jour, attendu que M le curé les craignait aussi. Dans ces temps là, il arriva que le fermier de la Vieille-Boulaye, paroisse de Blévy, maria son charretier avec sa servante, et fit le repas de la noce chez lui : il mena donc la mariée à l’Eglise, et en descendant les marches, pour s’en retourner à la maison, un gentilhomme, nommé Montescarpe, qui se trouva à la porte de l’Eglise avec les Mrs de Saint Bonnet, dis « Oh ! voilà une mariée ; » et fut la prendre par la main pour l’emmener, disant à celui qui la conduisait qu’il la lui rendrait le lendemain matin ; ce que voyant Me de Saint Bonnet l’aîné, il tira sonépée nue et la donna au marié en lui disant « Défends ta mariée ». Le marié fut aussitôt la passer au travers du dos de ce gentilhomme qui emmenait pour de bon la mariée de force et le jeta raide mort sur la place.Aussitôt M de Saint Bonnet reprit son épée toute fumante de sang et la remis dans son fourreau et dit au marié »Va, la mariée est à toi de bon ….C’est pourquoi n’aie pas d’inquiétude, va t’en dîner et te divertir avec ta compagnie et ta mariée, je vais faite enterrer cet homme-là’ et s’en fut trouver Mr le Curé, lui disant qu’il fallait tout de suite enterrer un homme qui venait de mourir subitement proche de l’Eglise, ce qui fut exécuté le même jourComme ces Mrs de Saint Bonnet étaient des tapageurs que tout le monde craignait, et qu’ils faisaient tous les jours de nouveaux tours n il arriva qu’en l’année 1662, Mrs de Pronsac, et de la Hillière éprouvèrent la fureur des gentilshommes d’alentour. Ils étaient les deux frères ensemble, Mr de Pronsac, le Sieur de la Hillière, et Mr le chevalier de La Noé, Mrde Saint Bonnet n’y était pas. Ces Mrs étant dans la maison dudit Sieur de Pronsac, plusieurs nobles furent à Fontaine chez le Sieur Chateaudacier n de là vinrent à Blévy pour assassiner ces pauvres gentilshommes, ils étaient environ au nombre de quarante, ils vinrent par la Noë où était M de Montreuil, delà ils vinrent tous à Blévy. M de Pronsac ne se sentant pas assez fort, quoiqu’il fût assez adroit, dit à son frère « Mon frère, montons à cheval », ce qu’ils firent ; étant à cheval, ils sortent de leurs maisons assez bien montés tous les deux, au travers de leurs ennemis ; M de Pronsac fit sauter la rivière à son cheval proche le moulin des Graviers, et M de la Hillière retint la bride à son cheval, ou il ne put sauter, et tomba dans ladite rivière ; les autres qui le poursuivaient tirèrent sur lui à coups de mousquets et le massacrèrent et le tuèrent sur la place, ils se sauvèrent du côté et à travers la rivière parce qu’il y avait tous leurs ennemis du côté de la rue. M de Pronsac ayant donc passé, les autres tirèrent plusieurs coups après lui, mais ils ne purent point l’attraper ; il passa au travers la rivière, parce qu’il savait bien que tous les ennemis étaient dispersés dans toutes les rues de Blévy qui cherchaient à le surprendre, et il fit monter son cheval par le larry ou côte des Graviers (dans ce temps là il n’y avait point de murs autour du parc ) ; tout le monde s’étonnait comment il avait pu monter cette côte, car elle des plus roides. Etant donc au delà de cette côte, il se trouva surpris et demanda quartier, les autres croyaient le tenir et lui dirent« Pont de quartier ». Il tira la bride de son cheval et lui donna l’éperon, aussitôt les autres lâchèrent bien des coups après lui, mais quand il eut pris de l’avance, il se moqua d’eux, ayant un des meilleurs chevaux du pays, ils le poursuivirent jusqu’à Jaudrais, mais il y était qu’ils n’étaient encore qu’au Bouchet, de sorte qu’ils ne purent rien lui faire Mr de Saint Bonnet qui était pour lors à Maillebois, comme il fut revenu chez lui à Blévy, fut aussitôt averti par un de ses amis, et il monta promptement à cheval et son valet aussi qui s’appelait Lachapelle. Comme ils furent un peu éloignés de sa maison, ils aperçurent six cavaliers qui les poursuivaient, étant près d’entrer dans la forêt de Châteauneuf tout près de Hauterive, il dit à son valet « Faisons volte-face », ce qu’ils firent tous deux, ayant un fusil bandé et un mousqueton, de qui fit arrêter les autres qui n’osèrent point avancer, et eux gagnèrent promptement la forêt.Les autres gentilshommes qui s’étaient assemblés et qui avaient fait complot entre eux pour assassiner les Mrs de Saint Bonnet, voyant qu’ils ne pouvaient exécuter leur dessein comme ils l’espéraient, n’osèrent après cela se séparer d’ensemble, craignant que Mrs de Saint Bonnet et de Pronsac les attrapassent les uns après les autres, se tinrent toujours ensemble jusqu’à ce qu’ils eurent raison de leur affaire, parce qu’ils appréhendaient que Mrs de Saint Bonnet et de Pronsac les attrapant tous séparément n’eussent vengé la mort de leur frère qui avait été tué n passant la rivière, comme il a été dit ci-devant. Encore que huit ou quinze jours après ils quittaient le fils de M. de la Chaussée, comme il allait au Rouvray, ils lui donnèrent bien de l’épouvante, mais comme il était bien monté et qu’il avait de l’avance, il s’enfuit promptement parce que sa vie y eut fini. Pour revenir aux autres gentilshommes qui ne se séparèrent point pour suivre toujours les autres, pour les attraper,à cause qu’ils avaient trop la force,néanmoins ces messieurs de Saint Bonnet et de Pronsac, et le chevalier de la Noé prirent conseil entre eux de tenir bon dans leur maison de Blévy, ce qu’ils firent, mais ils ne savaient pas que le fils de la Noé, nommé M de Montreuil, qui était cornette dans la compagnie d’ un nommé de Marais, était allé chercher la compagnie dans Beauvais en garnison ; il les amena donc à Blévy avec tous les autres gentilshommes d’alentour qui étaient ceux il a déjà été parlé ci-devant, et assiégèrent la maison un vendredi. Tous les gentilshommes y venaient de tous côtés, de sorte qu’ils étaient bien trois cent en tout. Voilà donc Mr de Saint Bonnet et autres assiégés, ils étaient huit, tant maîtres que valets, mais ils ne savaient pas que Saint Bonnet l’aîné fut sorti du logis environ deux heures avant le siège, ayant plus d’esprit et de conduite que les autres, savoir de la Noé et de Pronsac, Saint Bonnet étant donc sorti à Manou, proche Belhomer, se réfugier, où il espérait, sitôt que les autres seraient venus, leur faire lever le siège parce qu’il avait pour ami le Vice Bailly de Chartres, nommé Monsieur de Majenville. Comme le Vice Bailly et ledit Saint Bonnet surent donc les nouvelles du siège, ils firent amasser beaucoup de gentilshommes, de sorte, qu’ils en trouvèrent bien deux cents ; mais comme ils furent près de venir audit Blévy, il vint un ordre etdéfense audit Bailly d’en connaître aucune chose parce que les autres faisaient entendre qu’ils empêchaient la levée des deniers du Roi, ce qui fit tout arrêter . Les autres faisant donc le siège, M le Maréchal de Senneterre fit amener deux pièces de canon, ce qui épouvanta les assiégés ; M de Pronsac voyant cela, perdit courage ; il n’y avait plus que le chevalier de Noé qui se défendait fort bien, mais comme il vit le Sieur de Pronsac étonné, il conclut avec les autres qui étaient la –dedans avec lui de livrer Pronsac ou bien de le jeter par la fenêtre. Madame de Pronsac ayant appris ces nouvelles, dit à son mari qui était affligé « Mon mari, le chevalier de Noé conspire votre mort, rendons –nous à la justice ; le Roi nous fera miséricorde ». Ce qui fut cause que son mari sortit donc avec sa femme, sa sœur et sa belle sœur, et ses enfants, un entre ses bras ; et sitôt qu’il fut sorti il fut lié et garotté comme un criminel et fut mené chez une demoiselle nommée Mlle Fons ; lorsqu’il fut donc arrivé et entré chez elle, ils restèrent quatre à le garder, les autres continuèrent toujours à faire ce qu’ils avaient entrepris contre tous ceux qui étaient enfermés dans ladite maison. Mais auparavant que ledit Sieur de Pronsac se fût rendu, j’ai oublié à écrire que ce fut une vendition parce que les assiégeants n’avaient plus de poudre ni de boulets de canon, ce qui les obligea de dire au chevalier de la Noé qu’il donnât Pronsac et qu’on lui sauverait la vie et à tous ceux qui étaient enfermés. Comme donc Pronsac fut sorti, le chevalier de Noé parla à tous les gentilshommes et leur dit « Hé bien ! Messieurs, vous avez Pronsac, tenez –vous votre parole ».Ils lui répondirent qu’ils ne pouvaient pas, et que Boisclair était venu contre lui. Ayant entendu cela, il leur dit « Qu’il parle à moi » ce que Boisclair fit ; ledit Sieur de Noé dit « Je ne demande plus de quartier »Boisclair était la partie adverse du Sieur de Noé parce qu’il lui avait enlevé sa femme, et Boisclair avait promis au sieur de Châteaudacier, au Président de Dreux et autres la somme de trois mille livres qu’il donna pour faire tuer le sieur de Noé. Lequel était enfermé avec les autres dans la maison se mit à tirer sans cesse, et les assiégeants n’ayant plus de munitions mirent le feu dans la grange,dans la bergerie, dans l’écurie, et dans tous les logis, excepté où ils étaient enfermés ; ce qui mit les assiégeants plus à l’abri des coups d’arquebuses derrière lesdits logis.A l’égard du Sieur de Noé, iltenait fort dans la maison et était bien muni de poudre, plomb, pain, vin et viande .Les assiégeants furent contraints de chercher des pics, houes et autres instruments pour saper lesdits logis, mais il fallait auparavant cela faire une brêche à la muraille de la cour pour aller au logis. Lorsque la brêche fut faite, le sieur de Montreuil vint se présenter, les mains sur les côtés, en disant « il n’appartient qu’à moi de pousser ces gens là a bout », mais en disant ces paroles, ledit Sieur de Noé lâcha un coup de pistolet par un trou du dedans le grenier et cassa la tête audit de Montreuil, cassa le bras à un nommé le Sieur Defern, et creva l’œil à un autre , tout cela d’un seul coup, ce qui est fort étonnant Voilà donc Monsieur de Montreuil tué et deux autres bien blessés, on le fut dire au Sieur de Chateaudacier que Montreuil était mort, il devint comme un furieux. Celui qui lui dit cela ledit devant la demoiselle de Pronsac qui répondit « J’en suis bien aise ». Chateaudacier lui répondit en jurant « Ton mari, passera puisque mon neveu est mort ». Il prit un pistolet et lui en donna dans la tête, comme il était lié et garotté dans une chambre. Après un coup qui fut tiré sur Mr de Pronsac, on tira au travers d’une platterine de quoi le dit Sieur de Noé se couvrait parce qu’il n’y avait pas une tuile entière sur la maison. Il fut donc tué de cette façon là. Lorsque les assiégeants s’aperçurent que de Noé ne paraissait plus, ils furent bien plus hardis, il ouvrirent la porte, rompirent tout et mirent tout à feu et à sang ; ils tuèrent tout, excepté un nommé Vaugrain et un nommé Lejouffacqui se sauvèrent bien habilement, et les autres restèrent morts sur la place ; premièrement le sieur de Noé, un nommé Dumoulin qui se laissa tué comme un crapaud sans se défendre, deux frères qui s’appelaient les Duprez, un nommé Lafleur qui était cuisinier de Monsieur de Manou, et un nommé Lalandre, voilà tout ce qui fut tué après le Sieur de Pronsac. On transporta après tous les morts dans une charrette à Dreux et de là à Paris où on disait qu’on en ferait justice, mais comme le Sieur de Pronsac s’était rendu sous l’obéissance du Roi, ils furent tous enterrés aux Saints Innocents . Voilà quelle a été la fin de ce fameux siège en l’année 1663. Après ce siège fait et que les gentilshommes qui y étaient venus virent que le Sieur de Saint Bonnet n’était point enfermé avec les autres, ls eurent grand peur d’être surpris par le sieur de Saint Bonnet les uns et les autres. Mais Monsieur le Maréchal de Senneterre envoya chercher le dit sieur de Saint Bonnet à Marville où M de Chateaudacier était ; il dit à Saint Bonnet :« Saint Bonnet, je suis bien fâché de votre affliction et de la mort de vos frères, mais il n’y faut plus penser, c’est une chose faite ». Saint Bonnet lui répondit :« Monseigneur, cela m’est bien sensible de voir ainsi mes frères morts en si peu de temps ». Me le Maréchal lui dit :« Ecoutez, je veux que vous ayez l’avantage sur tous ces gentilshommes –là, par cette voie et je veux qu’ils quittent la place où vous serez, et quand ils verront venir à eux de rebrousser chemin : ne songez plus à cela, vivez en repos ». Sur ces paroles, M le Maréchal fit venir Chateaudacier qui était caché dans une chambre, et les fit embrasser l’un l’autre,de sorte qu’après cela Saint Bonnet vivait en repos  »

# V.1650. Achat du château de Villepion (Terminiers) par Guillaume (?) Cornuel, trésorier général de l’extraordinaire des guerres chargé de payer les troupes. Il est mort cette même année, semble-t-il, dans le présent château. Il était mariée à une fort belle femme, douée d’esprit, en la personne d’Anne Bigot qui mourut très âgée en 1694, étant née au tout début du siècle.

1651

# 17 août  – Chartres : une assemblée est chargée d’élire les députés. Nobles et officiers du bailliage s’opposent vivement, si bien qu’on en vient à sortir les épées des fourreaux. On ferraille à qui mieux mieux Un homme du guet est tué. La population se mêle au pugilat, si bien que la noblesse se rendant compte de la tournure des événements qui risquent d’ensanglanter toute la cité, préfère se rendre. Au bilan, deux morts et quantité de blessés.Toutefois pendant que l’affaire est jugée sur le plan judiciaire, bourgeois et nobles vont faire peser pendant un mois des menaces. Au bout du compte, la ville sera condamnée à verser la somme de 80 000 livres tournois (1 500 000 euros) aux nobles du bailliage de Chartres. Le peuple sera également tenu de faire célébrer des messes durant trois ans à l’église de Saint-Aignan à la mémoire des trépassés quelle que l’origine de leur mort.

1653

# – Fondation du collège de Nogent-le-Rotrou –

1 Mai – Chartres – maires et échevins de la ville publient un arrêté selon lequel  » Celui qui abattrait l’Oiseau-Royal (se reporter à l’année 1451) serait exempté du droit pour l’entrée de 12 poinçons de vin du cru du pays. –

30 juin – Une jeune fille, Jeanne Aubert, 15 ans, est retrouvée vers 4 heures de l’après-midi , égorgée par un  »loup » au Coudraie (Coudray) alors qu’elle se trouvait dans les vignes. Loup ou croisement chine-loup, nul ne le sait. (Nota. La ville de Chartres possédait deux voiries, l’une dénommée  » La ruelle aux loups  » où l’on exposait les loups tués, venant des bois alentours, particulièrement <ceux de Nogent-le-¨Phaye).

2 août – Yèvres – a esté inhumé François Lorin, qui a été tué par les gens d’armes au village de Lespinay. 

22 octobre – François Padoue, originaire de Paris, après avoir obtenu une prébende (revenu ecclésiastique) en l’église de Chartres, il publie des Oeuvres poétiques qu’il fit détruire par qu’il les jugeait des erreurs de famille. Il obtient une lettre d’autorisation de Jacques Lescot, évêque de Chartres, pour fonder l’Ordre de la Providence pour venir en aide aux jeunes filles débauchées. Aux fins de  » retirer les pauvres filles orphelines de Chartres et des faubourgs, dés l’âge de 4 à 5 ans, jusqu’à celui de quinze ans, et pendant ce temps les instruire dans la piété, les dresser au travail, et leur apprendre différents métiers, afin qu’étant par ce moyen hors de l’oisiveté et de la mendicité, elles puissent se conserver dans la pureté et dans l’innocence.  »

1655

# 11 novembre  – Naissance à Chartres de Dom Jean Liron, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur et bibliothécaire, considéré comme l’un des premiers auteurs de l’histoire littéraire de la France. En 1719, auteur d’un ouvrage intitulé Bibliothèque chartraine ou Traité des auteurs et des hommes illustres de l’ancien diocèse de Chartres qui ont laissé quelques monumens à la postérité ou qui ont excellé dans les beaux-arts. Cet ouvrage qui devait former le premier volume de la Bibliothèque générale de France, entreprise par les Bénédictins, fut vivement critiqué à sa parution par Perdoux de la Perrière, gentilhomme d’Orléans, conseiller de Blois, et auteur d’une lettre assez vive envers le chanoine de Chartres. Retiré au Mans, il y meurt vers 1748 

1656

# Confusion (?).Un autre Jean-François Félibien des Avaux, né à Chartres, vers cette année, cité dans de nombreux ouvrages de références est devenu architecte garde des Antiques, et des bâtiments. Exerçant également comme historiographe du Roi, secrétaire de l’Académie d’architecture. Décédé à Paris le 23 juin 1733.

Gallardon est érigé en marquisat. Le marquis devenant du même coup un chef militaire lui permettant de lever des troupes dans le domaine relevant de cette décision

1657

# 22 janvier  – Décès à Auneau de Denis Coudray, curé de cette même ville. Fine plume, il composa des vers latins et français dont il gratifia les registres de l’état civil, commentant à sa façon les faits principaux alnélois dont il fut le témoin.

1658

# – Nogent-le-Rotrou – Célébration de la messe pour l’inhumation des cendres de Sully, assumée par l’abbé d’Authon-du-Perche –

# 1 novembre – Dreux – Décès de Vedeau de Grandmont, conseiller au Parlement dont le mausolée fut détruit à la Révolution en l’église Saint-Lubin.

1659

# Les Carmélites font l’acquisition de bâtiments chartrains appartenant aux Chevaliers de Malte, dignes héritiers sans doute des Templiers, qui liquidaient leur dernier fief chartrain.

# 17 août  – Naissance à Chartres de Robert Challe, avocat et surtout écrivain du roi sur un navire de la Compagnie des Indes. Curieux parcours pour cet homme à la carrière modeste qui aurait voulu vivre de la pêche dans la Nouvelle France. Le fait d’avoir été fait prisonnier des Anglais changea l’orientation de ses ambitions personnelles. A son retour en France, il n’eut pas d’autre choix que de s’exiler dans sa ville de naissance. Il publie en 1721, un roman intitulé Les Illustres Françaises, recueil de sept histoires galantes, parfois violentes, tragiques aussi. Il meurt en sa ville de naissance en 1721.ut d

30 décembre – Décès à Paris à l’âge de 93 ans de Rachel de Cochefilet, épouse du ministre d’Henri IV et duchesse de Sully.

1660

# Naissance à Chartres de Benoit Thiboust, de métier graveur en la même ville.

# Naissance à Châteaudun de Jean Grancolas, théologien, docteur de la Sorbonne. Il fut chapelain de Monsieur, frère de Louis XIV, et dont il prononça l’oraison funèbre. Il se comporta en adversaire du quiétisme.

1661

# 30 avril – Bazoches-en-Dunois, Jacques Lenfant voit le jour. Après des études à Saumur en théologie, puis à Genève, il devient chapelain de l’Électrice Douairière Palatine. Les troupes françaises envahissant le Palatinat, il s’installe à Berlin, et convoqué dans la foulée par Frédéric, électeur de Brandebourg, futur roi de Prusse, il devient son pasteur, fonction assurée pendant quarante ans, de même chapelain de Charlotte-Sophie, reine de Prusse. Lors d’un séjour en France, il épouse Emilie Gourgaud de Venours, issue d’une vieille famille poitevine. Auteur de nombreux ouvrages sur la Réforme, l’un de ses admirateurs, un certain Burnet a écrit sur lui  » Lenfant a donné avec beaucoup de soin et avec une sincérité au dessus de tout soupçon une idée si exacte de l’état de l’Eglise et de la religino dans le siècle qui a précédé la réformation, que je ne connais pas de livre dont la lecture soit plus propre à préparer à l’ Histoire de la Réformation que ce bel ouvrage. ‘’ Il meurt à Berlin, le 7 août 1728,en descendant de sa chaire, foudroyé par une paralysie.-

# Vers cette année, naissance à Chartres de Laurent Durant décédé en 1730 à Verdun dont il était le chanoine. On lui doit un ouvrage sur les subtilités scolastiques intitulé Philosophus in unramque partez qui aurait soulevé quelques polémiques au sein de l’Eglise.

# – Cette même année, grave épidémie de peste dans le Thymerais.

# Originaire de Châteaudun, François Bérail a gravé une fort jolie vue de l’abbaye royale de sa ville de naissance, et d’un plan de la paroisse de Yèvres avec son environnement. Il a peint également un retable représentant l’Assomption de la Vierge (1693) Il est issu d’une famille d’artistes au rang desquels se trouve Martin Bérail, un peintre.

# 7 décembre. Fidèle à son engagement religieux, Louis Dieudonné, 10 ans, accompagne sa mère en la cathédrale de Chartres.

1662

# 13 juillet  – Un arrêt du Parlement de Paris  » interdit à toutes personnes de la Picardie et de la Beausse de vendre à des marchands ambulants, suite à une récolte très abondante. Seuls les bleds devront proposés à la vente sur les marchés publics, et en priorité pour le menu peuple. Les marchands et boulangers ne peuvent commercer avec les Laboureurs, même en arrhant. On dénommait Arrhe, une certaine somme d’argent payée comptant et à valoir, au moment de la vente sur pied de la future récolte, et cela, en dehors de l’époque en usage, pour ces sortes de marchés. » # En fin d’année, une famine affreuse décime la population des Autels-Saint-Eloy (Perche), un grand nombre de personnes périssent.

# Antoine Furetière, homme d’église, poète, romancier et lexicographe s’est rendu célèbre pour son Dictionnaire, véritable référence en la matière, et publié en 1650 , venant  » marcher sur les plates-bandes  » des Académiciens ce qui a provoqué leur colère.. En cette année 1662, il devient prieur de la commune de Chuisnes, en parallèle avec la ville de Bourges.

Cloyes connaît une année de disette effroyable dans une Beauce touchée de plein fouet par des récoltes désastreuses, sans oublier des gens mercantiles qui profitent de la situation pour tirer de larges profits. Quatre-vingt-dix sépultures eurent lieu durant cette période, rien que dans la paroisse de Saint-Georges, où une dizaine de personnes furent trouvées mortes de faim et de misère dans les granges ou sur les chemins. La mortalité de la paroisse Saint-Lubin égala celle de Saint-Georges. Les registres d’inhumations de Saint-Lubin, pendant une période d’au moins vingt ans, — de 1651 à 1672, — sont malheureusement perdus, sans espoir de les retrouver jamais. Il y eut de nombreux suicides parmi la paysannerie beauceronne, et des parents auraient été jusqu’à tuer leurs enfants pour les éviter de les voir mourir de faim.

# Décès à Paris de Henri Audiguier, sieur du Mazet, originaire de Dreux où il vit le jour au XVIe siècle. Après ses études de base, il monte à Paris où il accomplira l’essentiel de sa carrière sous le nom de Daudiguier, comme avocat au Parlement. Il se tailla une jolie réputation comme homme des plaidoyers. En 1617, il publie, d’une façon opportuniste un traité sur le Vrai et ancien usage des duels, à une époque où les duels eurent pour conséquence des milliers de morts dans des duels d’honneur pour n’importe quelle raison. L’ouvrage traite alors de nouvelles modalités car des réglementations sont sorties, puis des interdiction pouvant confronter les antagonistes à la peine de mort. Il faudra encore de longues années jusqu’à la fin du XIXe siècle pour voir le duel disparaitre pour de bon.

1663

# – La prieure du monastère des Filles-Dieu-Lès-Chartres et une soeur sont condamnées l’une à être brûlée, l’autre à jeuner pour avoir séduit des jeunes filles (!) et des hommes. Le Grand Conseil infirma cette sentence, les deux religieuses étant condamnées à recevoir le fouet et finir leur vie en prison.

# A Chartres, existait La Pierre du Polivet, pierre carrée sur laquelle on plaçait les cadavres gens inconnus ramassés sur la voie publique, en vue d’identification éventuelle tant par la population que par les autorités de la ville. Cette pierre a existé jusqu’en 1790.

# – Naissance à Louville-la-Chenard de Charles Auguste d’Allonville, marquis de Louville. Diplomate, et présumé agent secret ponctuel de Louis XIV. De nombreuses missions en Espagne lui permettent de rendre compte de ses observations à Colbert, secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Il s’est alors ingénié à gagner la confiance des personnages les plus importants de la péninsule ibérique, si bien qu’il fut chargé d’accueillir la jeune princesse de Savoie, destinée à se marier au roi d’Espagne. Mais à force de vouloir s’immiscer dans toutes les intrigues, sa crédibilité fut mise en doute, se discréditant face aux enjeux politiques. Il est rappelé en France par le roi (1703). Durant la Régence, il retourne dans la péninsule ibérique où il reprendra certaines de ses fonctions. Il est alors prié par les autorités espagnoles de repartir d’où il venait. Vexé, il se retire dans ses terres de l’Orléanais où il meurt en 1731 (Saint-Jean-deBraye). On lui doit des Mémoires publiées en 1818.

Naissance à Vieil-Allones (Beauvilliers) de Claude Deshayes-Gendron, médecin traitant du duc d’Orléans, régent de France, et spécialiste des maladies ophtalmiques et les cancers. De grands noms de la littérature ont nourri beaucoup de respect et d’estime envers lui. Montesquieu qui le désigne comme son ami Gendron, lui dédia deux vers

Apollon, dans ces lieux prêts à nous secourir

Quitte l’art de rimer pour celui de guérir.

Il s’éteint à Paris en 1750.

1664

# – Les Autels Saint-Eloy – Suite à l’affaire de faux monnayages concernant de faux Louis d’argent ou Elu blanc, dénoncé par le curé Thomas Lair au trône de la messe paroissiale, Jean Grenet, a fait incarcérer, ce dernier. Le registre dédié à ce compte-rendu, nous rend destinataire des faitsqui se sont déroulés « le 5e jour de janvier 1664, fut inhumé en l’église de Saint Aignan de Chartres, M. Thomas Lair, prêtre, curé des Autels Saint Eloy, estant mort dans la prison dudit Chartres, ayant esté estoufé par la fumée la nuict d’entre mercredy 2 et jeudy 3 dudit mois , et ayant été emprisonné par le Sieur Grenet injustement et sans cause » –

# – En cette même année  » Arriva ne chose digne de mémoire. Le Vice Bailly de Chartres , nommé Monsieur de Majenville, fut accusé de vol et d’être un faux monnayeur : c’était un homme d’esprit, fort subtil, adroit aux armes, bon écuyer et bien hardi, aimé et chéri des princes auparavant que l’on eut découvert toutes ces choses dont il fut accusé .Un jour une servante du Vice Bailly, fut à confesse à un Prêtre nommé Mr Lair, la servante, qui savait bien tout que son maître faisait, déclara à ce prêtre que son maître faisait de la fausse monnaie, ce prêtre eut quelque peine à lui donner l’absolution. .Cette fille fut de retour au logis du Vice Bailly, ne put s’empêcher que de babiller de quelques choses contre ce prêtre, de sorte que le Vice Bailly sut par sa servante que le bonhomme de prêtre savait tout ce qu’il se passait ; il l’envoya donc prendre prisonnier sous prétexte qu’il avait porté les armes et d’avoir tirer sur des pigeons. Etant prisonnier, le Vice Bailly usa de méchanceté et donna, à ce que l’on dit, au geôlier une somme d’argent pour faire mourir à petit feu ce pauvre prêtre, de sorte que tout le monde, voyant ce bon prêtre prisonnier, commença à parler de différente façon parce que l’affaire commençait à se découvrir. Il était donc question de faire mourir ce pauvre prêtre ; quand la nuit fut venue et que chacun était retiré chez soi, on mit le feu dans le cachot où il était, et fut étouffé.Il dit avant de mourir que le Vice Bailly lui faisait perdre la vie pour avoir dit la vérité ; les prisonniers qui étaient un peu plus loin ; l’entendaient prononcer ses paroles, de sorte qu’on le trouva mort le lendemain matin, étant à genoux, son bréviaire sur les bras. Aussitôt il fut enterré honorablement, et fut accomplie la prophétie de Nostradamus qui l’avait prédit, il y avait longtemps, comme il s’ensuit : En l’an mil six cent soixante et quatre Lair sera étouffé en prisons de Chartres Après ce tragique événement, le geôlier fut arrêté et eut les fers aux pieds et quinze jours après fut rompu, après avoir confessé comme l’affaire s’était passé. Enfin donc le Vice Bailly fut découvert et que l’on voyait à tous moments des louis faux, il fut obligé de fuir au plus vite parce que le Roi en fut informé et tous les seigneurs. Le Roi envoya le Prévôt de l’hôtel avec une forte escorte, et ils furent par toutes les villes faire défense de laisser passer aucune personne sans savoir qui c’était. On attacha même dans ces pays –ci, des affiches partout, où leurs noms étaient écrits : le Sieur de Majenville, le Sieur de Saint Agnès, beau frère du Vice Bailly, et encore un de leurs beaux frères avec eux, où ils étaient tous pendus en effigie ; de sorte qu’on ne put trouver le Vice Bailly et les autres, ils s’étaient sauvés de bonne heure,et on ne les a jamais vu depuis ; mais on a bien vu de leurs louis qui étaient de trente sols chaque, on les appelait les Vice-Bailly .Auparavant tous ces bruits là, il fit un jour une plaisante histoire ; voici le fait tel qu’il est arrivé. Un jour Me le Vice Bailly,et ses complices avaient volé un convoi d’argent auprès de Lyon que l’on amenait au Roi. Après qu’ils eurent volé le diligence ou le chariot qui en était chargé, aussitôt le Vice Bailly, vint avec beaucoup de diligence à Paris ; après qu’il y fut arrivé, il arriva un courrier apprendre cette fâcheuse nouvelle que l’argent du roi avait été pris en chemin. Comme le Vice Bailly était arrivé plutôt que le courrier et qu’il était à la Cour, il entendit le discours que le courrier fit aux princes sur ce vol, et le commandement lui fut donner d’aller s’informer où s’était fait le vol de l’argent, d’en faire enquête et de poursuivre les voleurs ; et c’était lui qui avait été le chef des voleurs de cet argent. Peu de temps après fut pris et arrêté un des valets du Vice Bailly, nommé Courville, lequel fut en peu de temps prisonnier, et son procès étant fait, il fut rompu vif à Chartres. C’était un garçon fort bien fait, lequel avant de mourir, étant sur l’échafaud, qu’il n’avait assisté qu’à un seul vol. l fut pris par le nommé La Louvery qui succéda à la charge du Vice Bailly,après que le sieur de Majenville son prédécesseur eut abandonné le pays. Or le Sieur de Saint Bonnet, qui avait bien vécu depuis la mort de ses frères, les sieurs de Pronsac et de la Hallière, demeurait pour lors à la Gouffrie, paroisse de Saint Jean de Lézeau, eut le malheur d’avoir quelques difficultés avec son Curé qui fut pour lui un terrible ennemi ; lequel s’alla plaindre à M le Maréchal de la Ferté qui était alors à La Loupe en lui disant mille fourberies contre le Sieur Saint Bonnet, qui fut mandé aussi par le Maréchal qui lui écrivit ses mots « Nous, Maréchaux de France, commandons au Sieur de Saint Bonnet de nous venir trouver en nôtre château de la Loupe demain matin, Le Maréchal de la Ferté .Le Sieur de Saint Bonnet, ayant reçu cet ordre, ne manqua pas d’aller trouver M le Maréchal, et, étant devant lui, il lui parla en ces termes « Par corbleu, Saint Bonnet, vous ferez toujours le méchant, que je vous dise en quatre paroles ce qu’il en est, premièrement vous n’allez pas à la messe, secondement vous avez manqué votre curé d’un coup de carabine comme il portait le sacrement à un malade, troisièmement vous fâcher tout le monde, en quatrième lieu, vous faites les grains de tous les particuliers à vos chevaux –prenez garde, je vous mettrai quatre prévôts après les fesses, qui vous attraperons bientôt ». Lors le Sieur de Saint Bonnet répondit et dit « Monseigneur, s’il y a une de ces choses de véritable, je ne veux pas être pendu, mais je veux être rompu vif ; il est vrai que je ne vais point à la messe à mon curé, mais j’y vais à Maillebois ; secondement, Monseigneur je ne porte point de carabine,et qui plus est il n’y a point de malade dans ma paroisse ; troisièmement, il n’y a personne qui se plaigne de moi dans le pays, mais Monseigneur, faites s’il vous plaît, informer sur toutes ces choses, et vous verrez qu’il n’a pas dit une seule parole véritable » Alors M le Maréchal dit à Saint Bonnet en le quittant « Adieu Saint Bonnet, gouvernez vous bien et prenez garde à vous » M le Maréchal se retira et le Sieur de Saint Bonnet, en s’en allant, fit rencontre d’un de ses amis qui était l’aumônier de mon dit Sieur le Maréchal, qui était l’abbé de Fonteny, son intime ami, qui l’encouragea et lui dit que ce n’était rien que cela, et qu’il ferait en sorte d’apaiser M le Maréchal qui avait d’autres affaires qui le tourmentaient davantage que celle-là, et qu’il n’arriveraient rien de cela. Ainsi l’affaire étant donc passée et n’y pensant plus, le curé de Saint Martin, voyant que M le Maréchal ne faisait pas grand cas de ce qu’il lui avait été dire conte le Sieur de Saint Bonnet, prit la peine d’aller à Orléans trouver M de la Galissonnière, qui y était intendant pour lors, et lui raconta la vie de Saint Bonnet et toutes les calomnies et fourberies qu’il avait été dire, et aussitôt l’intendant envoya des ordres au Vice Bailly de Chartres d’aller prendre le Sieur de Saint Bonnet. De sorte que le Vice Bailly partit aussitôt avec une forte escorte et vint se réfugier dans les bois de Saint Vincent un vendredi 17 de juillet 1665, où il espérait prendre le Sieur de Saint Bonnet ; mais quoiqu’ils fussent au nombre de vingt deux archers, ils n’osèrent point en approcher ni le saisir, parce quil était fort bien monté, et en outre il était d’une agilité et d’une adresse sans pareilles. Enfin l’ayant trouvé à la campagne, ilsn’osèrent point l’attaquer parce qu’il n’y en avait pas un seul qui n’eût peur de sa peau que ce jour-là étant passé, le Vice Bailly et ses archers vinrent la nuit se réfugier dans la grange du curé de Saint Martin, où ils passèrent le jour du samedi et la nuit aussi. Le lendemain qui était le dimanche 19 juillet 1665,le Sieur de Saint Bonnet vint entendre la messe. Lorsqu’il fut à l’église, il vint un espion qui ouvrit la porte et l’aperçut, et aussitôt il courut à la grange dudit curé et avertit le Vice Bailly et les archers que Saint Bonnet était à l’église. Au même moment, le Vice Bailly vint à l’église et y entra avec ses archers, et se saisit du Sieur de Saint Bonnet, lequel pour toute arme n’avait que son fusil et son épée, et il avait avec lui un jeune homme, nommé M de la Hillière, lesquels n’étant que deux n’osèrent pas leur remettre en revanche, et furent pris, et que c’était force de se rendre ayant vingt deux personnes à qui faire tête. Etant donc arrêté, ils prirent les cordes des cloches, et le garottèrent, et passèrent par chez lui et prirent ses chevaux et le montèrent sur un, bien lié, et le conduisirent à Chartres où il fut longtemps prisonnier ; et on fit ces quatre vers

Le dix neuvième de Juillet

Un dimanche de grand matin

Fut pris le Sr de Saint Bonnet

Dans l’église de Saint Martin

  Etant donc retenu prisonnier, les menottes aux mains, il ne se trouva personne qui se voulut porter partie contre lui, et le bruit courut qu’il ne voulut pas sortir sans être justifié. A la fin, il y eut quelques personnes qui surent qu’il était prisonnier et qui vinrent déposer contre lui ; cela fit l’éclat et l’on publia dans bien des endroits des monitoires pour en apprendre davantage, et il se trouva beaucoup de personnes qui déposèrent par devant les curés qui avaient eu ordre de publier des monitoires bien des choses contre ledit Saint Bonnet. Lorsque les dépositions furent envoyées à Chartres, l’intendant criminel d’Orléans qui était envoyé de la part de l’intendant à Chartres pour informer et s’enquérir de la personne dudit Saint Bonnet, envoya les huissiers à tous ceux qui avaient déposé contre lui, pour être reconfrontés devant lui à la Tour de Chartres, de sorte qu’il s’en trouva à la fin deux cents lesquels les uns le Chargeaient, les autres le déchargeaient, les uns avaient vu et les autres avaient qu’entendu, et on paya les journées des témoins qui avaient déposé contre lui. Cela fut fini deux jours devant Noël, et pendant que l’on disait la messe de minuit les archers vinrent prendre ledit Saint Bonnet dans la prison, le montèrentet le garottèrent sur un cheval et le conduisirent à Orléans où il fut étroitement enfermé. Comme on redoutait sa personne, son procès fut fait et parfait en peu de temps, il fut condamné à avoir la tête tranchée, et après, sa tête apportée à Chartres, plantée au bout d’une une gaule sur la porte Guillaume, ce qui fut exécuté. Il fut fait mourir le25e jour de janvier 1666, jour de la Conversion de Saint Paul, à l’occasion de ce jour on a fait quatre vers : Le jour de la Conversion de saint Paul, Saint Bonnet présenta son col, Etant monté sur l’échafaud, Livra sa tête à trois bourreaux . On croyait que cet homme ferait quelques épreuves de vaillance, tant il était redouté partout, et l’on parlait de lui à plus de cinquante lieues à la ronde. On fit mettre la garnison de la ville d’Orléans sous les armes et fermer les portes afin de faire bonne garde, il fut amené dans une charrette, étant accompagné de deux bons pères ; en passant devant l’église Sainte Catherine il fit arrêter et se mit à genoux. Etant arrivé à la place de l’exécution, il monta sur l’échafaud et fit la révérence à l’assistance ; il y avait plus de dix mille personnes. Etant sur l’échafaud, il ne voulut point avoir la vue bandée, il se mit à genoux, le bourreau de Paris, celui d’Orléans, et celui de Chartres étaient tous trois là. Ayant donc été lié et garotté par les mains et les jambes, celui qui lui coupait les cheveux fit signe à un autre de lui donner le coutelas par derrière, en le pressant il voulut faire son devoir ;  Saint Bonnet eut peur, l’autre manqua son coup et lui la moitié du menton, et de la force qu’il avait il s’efforça pour se lever, et rompit les cordes de ses jambes. Il ne s’en fallut guère qu’il ne tombât de dessus l’échafaud par terre, si l’un des bourreaux ne l’eût pas pris promptement par une de ses jambes et le retira ; l’autre le prit ensuite par le haut de ses cheveux et le troisième lui coupa le reste du col, et enfin l’exécution finie, le bourreau de Chartres, prit la tête, la mit dans un bissac – sorte de sac fendu – et l’apporta toute la nuit à Chartres, et la mit au bout d’une gaule sur la porte Guillaume, où elle a été environ deux ans ; et après elle tomba par pourrissement dans les fossés de la ville .Voilà la fin tragique des Saint-Bonnet, lesquels étaient les plus nobles du pays, les plus estimés, les plus courageux, les plus adroits, les plus estimés leur grand père était grand écuyer de France et fut tué devant Dreux pendant lu bataille, et son effigie se voit encore a présent dans la chapelle Saint-Crépin,à Saint-Pierre de Dreux. Pour le corps dudit Saint-Bonnet, il fut honorablement enterré dans 1’église Saint-Paul à Orléans; Toutes les personnes en place de la ville et la noblesse, ainsi que beaucoup de monde assistèrent à sa sépulture. Ce gentilhomme a été bien regretté partout à cause de sa prouesse et de son adresse ; sa renommée s’étendait par toutes les provinces du royaume, et était la meilleure épée de France, ayant toujours eu l’avantage dans tous les combats qu’il avait eus, bon écuyer, adroit dans le maniement des armes, et s’était toujours battu généreusement, enfin il a eu le bonheur de mourir en bon chrétien. Requiescat in Pace. Amen.  »

1665

# Bonneval connait d’importantes inondationsLe Loir charrie de nombreux arbres, maisons emportés par les eaux en furie. Des faits qui avaient été notés en 1605, et qui se renouvellent fréquemment.

# 11 janvier. Sérieuses inondations sur Chartres. Le cloître de l’Abbaye de Saint-Père-en-Vallée est impacté.

# 21 février – Importante inondation à Dreux, l’eau détruit une partie de la cité, emportant tout sur son passage, notamment les ponts et une partie du mur d’enceinte

# 25 mars – Louis XIV et sa cour en visite à Chartres

14 septembre – Chartres – venue au monde de Dom Michel Félibien, moine bénédictin, et auteur de L’Histoire de la l’abbaye royale de Saint-Denys (1706), son ouvrage majeur dont il dit ‘’ J’ai eu recours aux originaux, la vérité n’estant plus pure que dans sa source. ‘’ Sur la demande de Bignon, prévôt des marchands de Paris, il entreprend de rédiger une Histoire de la ville de Paris . Dès 1711, à St Germain des Prés, Félibien s’attela à cette tâche durant huit années, inachevée par sa mort en 1719. Un profès, Guy Lobineau termina l’ouvrage.

4 décembre – De même dans toute la France, aux Beaucerons  » leur parut pour la première fois une étoile que l’on appela une comète : elle était d’une prodigieuse grandeur et jetait une terrible clarté, elle avait une longue queue, elle dura environ quinze jours, tout le monde en était épouvanté, elle paraissait grosse comme un demi minot  » (mesure de capacité des céréales soit environ 30 dm³). Si la tradition populaire la situe sur quinze jours, en réalité, elle fut visible jusqu’en février de l’année suivante, provoquant une peur populaire, chacun étant persuadé que l’étoile était annonciatrice d’épidémies, et autres malheurs s’abattant sur le royaume de France.

1666

# 25 janvier. Orléans. Un gentilhomme faisant partie de la bande des Cinq bonnets est décapité. Sa tête est alors transportée par le bourreau jusqu’à Chartres et exposée sur l’un des tours de la Porte Guillaume. Cet homme appartenait à cette bande cinq gentilshommes, disons cinq bandits terrorisant la contrée autour de Blévy, vivant de rapines , de chasses et de pêches illicites. Il fallut envoyer une troupe pour arrêter leurs méfaits. Quatre furent occis, et le cinquième exécuté.

1667

# – Henri-Jules de Bourbon-Condé descendant du Grand Condé, acquiert la forêt de Senonches et un grande partie de Brezolles. Il est à l’origine de la mise en œuvre en 1670 d’une forge à Dampierre-en-Blévy qui va devenir un important centre métallurgique, notamment pour couler les canons destinés à la Marine Royale de Louis XIV, de même les canalisations employées pour le détournement de l’Eure.

# Avril – Décès à Chartres à l’âge de 64 ans, de l’abbé François Pedoue, originaire de Paris, réputé comme étant écrivain

5 mai  Sancheville – est décédé un chirurgien de Germinonville, âgé de 40 ans environ, qui en vivant avec un nommé David Moullard, hérétique, disoient des blasfemmes contre la Sainte Vierge, mère de mon Sauveur : par punition et chastiment de Dieu, furent en mème temps tous deux saisis d’un mal de costé, dont ledit chirurgien est mort, et l’autre fort malade. Signé : J Desombre.

1669

# – il y eut une grande dissension entre Mr de la Noue et M’ de Baronval pour les honneurs de l’église de Blévy. M’ de Baronval avait son banc dans l’église devant celui de Mr de la Noue, parce que la maison de la Noue avait été de tout temps de la religion protestante, et ce dernier s’était rendu catholique. Or dans toutes ces entrefaites, Mr de la Noue fit mettre son banc dans le chœur, et celui de Mrde Baronval était dans la nef proche l’autel de la Vierge. Mr le marquis de Maillebois, ayant appris cela, fît ôter le banc de Mr de la Noue qui était dans le chœur et le fit mettre au bas de l’église, étantledit marquis seigneur de Blévy. M’ de la Noue voyant cela fit faire une balustrade pour enclore l’autel de la Vierge où il fit mettre son banc et fit re­culer celui de Mr de Baronval, Mr de la Noue voulait avoir l’honneur disant qu’il était écuyer du Roi; Mr de Baronval disait qu’il était le plus ancien, et que son banc était premier que celui de la Noue. Les voilà donc grands ennemis : cela dura un espace de temps, et ils vidèrent leurs différends un jour de dimanche qui était le 20ieme d’octobre 1669. Mr de Baronval ne savait pas ce qui se passait à la Noue ; Mr de la Noue avait fait assembler bien des gentilshommes de ses amis chez lui à dessein de faire ce qu’il fit; il y avait Mr des Routis, les deux Mrs de Sainl-Arnoult, les sieurs de la Ferrette, Mr le baron de Favières, Mr de Bois-Rouvray, Mr de Régusson, Mr de la Lucazière, qui arriva après l’affaire faite, et Mr de Marigny. Lorsque tous ces Messieurs qui avaient été invités pour dîner furent arrivés, Mr de la Noue lesamena à la messe,mais ce n’était pas prier Dieu, comme on va le voir. Etant donc tous arrivé à l’église, Mr de Bïaronval arriva après et entra aussi dan» I’église et ne savait pas ce qui se passait; il était avec le fis de Mr de Cauprav qui l’étaitvenu voir le jourprécèdent, il n’avait qu’un seul valet avec lui. Quand le Sieur de Baronval fut entré dans l’église, il fut surpris devoir tant do noblesse, ensemble, et au lieu d’aller à son banc qui étaitproche do celui do la Noue, il fut se mettre auprès do la chaire et aussitôt il voulut sortir, mais ledit S » de la Noue n’eut pas le loisir d’attendre qu’ils fussent tous dehors, et se mit à coucher en joue le. Sr de Baronval et tira; les autres aussi de leur côté tirèrent de mémo, de sorte qu’il y eut un vacarme affreux, y en ayant beaucoup plus d’un côté que de l’autre. Enfin M. de Baronval reçut un coup de fusil ou de pistolet dans l’estomac, et tomba raide mort auprès des fonts : son valet voyant qu’il était mort, tira deux pistolets de dessous son habit et tira au travers des autres; un nommé Mathurin Allais, meunier au moulin du Pré, tira aussi au travers do ces gentilshommes. Comme le parti de la Noue était en grand nombre, ils eurent l’avantage; ils massa­crèrent le valet du Sr de Baronval, nommé la Houssaye, et lui donnèrent mille coups après sa mort, et s’ils eurent été cinq comme lui du côté du Sr de Baronval, il n’en serait guère resté des autres. Voilà donc deux de morts, Mr de Baronval et son valet; le Sr de la Noue fut blessé à la mamelle et en mourut; le Sr de Marigny fut blessé et en mourut aussi le lendemain ; Bois-Rouvray eut les parties honteuses coupées et n’en mourut pas. Et le même jour on emporta Mr de Baronval dans l’audience de Maillebois où il fut ouvert; il avait le coup dans un côté du foie; le lendemain Mr le marquis le fit enterrer dans l’église de Maillebois devant l’autel du Rosaire, Aprèscette terrible bataille, tous ces Messieurs ne restèrent pas chez eux, et gagnèrent au pied chacun de leur côté,de sorte qu’ils furent ajournés à comparaître en trois jours, mais ils en étaient bien loin; on envoya des archers partout chez eux; Mr Martin, intendant d’Or­léans, fut nommé commissaire et vint à Blévy trois mois après pour juger et informer de cette affaire, et lit venir plusieurs des habitants qui étaient présents à l’église pendant bataille pour recevoir leur déposition ; il amena avec lui à Blévy un des grands vicaires de Chartres pour bénir l’église qui avait été profanée par cet affreux carnage et dans laquelle on n’avait point célébré la messe depuis, mais à la chapelle Saint Claude. Après que le commissaire ci-dessus eut fait ses enquêtes et en tout ce dont il a été question, il condamna les morts pendus par les pieds et traînésauparavant sur la claie, ce qui fut fait par effigie ; et pur les autres qui étaient vivants furent une partie condamnés à une grande somme d’argent ; les autres pendus en effigie et dégradés de noblesse, excepté leurs femmes et leurs enfants. Le jugement a été gravé sur une plaque de cuivre qui a été scellée dans lu muraille de l’église dudit Blévy près la chapelle de la Vierge, que l’on y voit aujourd’hui .Le même jour que ledit intendant et commissaire vint à Blévy, chacun y venait de tous côtés pour le saluer et le voir ; il y vint aussi le chevalier d’Aunay qui était un jeune homme bien fait et rempli d’esprit, Il vint donc pour saluer Mr l’intendant qui était logé dans la grande rue a l’auberge de l’Ecu : après. qu’il eut fait son compliment, et qu’il eut l’ait son adieu, étant près de monter à cheval pour s’en retourner, il arriva par malheur pour lui un huissier de Châteauneuf nomme Barrois, que le chevalier avait battu la veille; il vint se jeter à genoux devant Mr l’intendant, en lui disant : « Monseigneur, voilà un gentilhomme qui m’a frappé : voyez ma tête comme elle est maltraitée. » Alors Monsieur l’intendant le fit arrêter et l’inter­rogea et le fit conduire en prison a Chartres. Quand M’ l’intendant y fut retourné, il lui fit son procès et le condamna à être décollé, ce qui fut exécuté a Chartres eu cette même année.I670 ; il fallait qu’il y eût quelqu’ affaire plus grave sur son compte. Ce jeune homme fit beaucoup de vers sur sou emprisonnement pendant sa détention ; ceux d’Aunay l’ont, beaucoup regretté.

1670

Hiver  – L’hiver fut un des plus rudes que l’on eût vu de longtemps. Voici ce qu’écrit le curé de la commune. On travaillait alors aux bâtiments du Bois-Ballu, à la forge de Dampierre. L’hiver fut très long ; heureusement il y avait eu une moisson abondante, un blé à grand marché qui ne valait que dix-huit à vingt sols le minotet. Pourtant on ne pouvait avoir de pain aisément. A cause que les rivières étaient gelées et que les moulins ne pouvaient point tourner. On savait quand même où aller prendre de l’eau pour son besoin , chez le fermier des Moulins. En la paroisse de Dampierre-sur-Blévy, un nommé Nicolas Hubin, amenait ses moutons dans le cloître de Maillebois et faisait tirer de l’eau au puits pour lesabreuver, dans des grandes auges, qu’il y avait fait apporter. L’hiver fut tellement rude et il gela si serré que l’on ne pouvait durer dehors, et le jour des Rois, les neiges étaient si hautes qu’on ne pouvait sortir; les noyers furent gelés jusqu’au gros de l’arbre, les genêts et les landes : enfin la veille des Rois ceux qui s’étaient munis de viande et autres provisions pour se di­vertir, la plupart ne purent avoir de pain à cause que l’eau ne pouvait moudre le blé : enfin les bourgeois de Verneuil se trou­vèrent dans le même cas manquant aussi de pain, un boulanger de Nonancourt ayant su cela leur mena une charretée de pain qu’il vendait 4 sols la livre, et furent encore bien heureux d’en avoir à ce prix : il n’y avait que les moulins de dessus les grandes rivières qui pussent faire de la farine, et l’on y portait les blés de tous ces pays-ci, pour les y faire convertir en farine15 novembre –

# Un feu atteint partiellement le clocher neuf de la cathédrale de Chartres.

# 16 janvier. Chartres. 16 nobles écuyers et 2 valets sont jugés, accusés du crime de sacrilège et lèse-majesté divine, commis le 20 octobre de l’année précédente, d’assemblées illicites notamment en l’église de Blévy. Les autorités ne badinent pas avec tout individu qui s’en prend à l’église, et surtout sort les armes au mépris des règles qui entourent ces lieux. Ils sont déclarés déchus des privilèges de gaz noblesse, déclarés ignobles et roturiers. Après avoir demandé pardon à Dieu, au Roi et la Justice, ils sont étranglés et pendus, pour être sûrs que leur châtiment soit exemplaire. Sans oublier toutes les sanctions financières qui en découlent, et ce qui reste de biens, revient de droit au Roi.

1671

# Arnoul Marin, seigneur de la Châtaigneraie, Intendant de la Généralité d’Orléans, chargé des finances locales, est saisi d’un nouveau projet de retour à la navigation de l’Eure. Sans suite.

# 14 juillet – Naissance à Louville-la-Chenard de Jacques Eugène d’Allonville, chevalier de Louville fut un savant en matière de sciences mathématiques, après avoir guerroyé tant dans la marine que l’armée de terre. Cité par ailleurs, son frère Charles fut diplomate. Vers 1708, il rend son brevet de colonel des dragons pour se consacrer à la science astronomique,. Il fit construire à Saint-Jean-de-Braye (Orléanais) un observatoire. Cela lui permit, entre autre, de démontrer la diminution lente de l’obliquité de l’équateur. En reconnaissance, il fit son entrée au sein de la prestigieuse Royal Society de Londres. Fontenelle perpétua son souvenir en ces termes. ‘’ Il avait l’air d’un parfait stoïcien, renfermé en lui-même et ne tenant à rien d’extérieur : bon ami, cependant officier, généreux, mais sans ces aimables dehors qui souvent suppléent à l’essentiel, ou du moins le font extrêmement valoir. Il était fort taciturne, même quand il était question de mathématiques, et s’il en parlait ce n’était pas pour faire parade de son savoir, mais pour le communiquer à ceux qui l’en priaient sincèrement.’’ Il meurt en 1732.

1672

#  – Etienne d’Aligre fils est nommé Garde des Sceaux après avoir été ambassadeur à Venise.

1674

# – Achat du château de Maintenon par Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, pour la somme de 250 000 livres( environ 600 000 euros de nos jours) qui l’offrira à sa nièce vingt quatre ans plus tard en cadeau de mariage. Le château devenant alors la propriété de la famille de Noailles, non d’épouse de sa fille. A ce sujet, savourons les propos de Saint-Simon, célèbre chroniqueur de cour  » La terre de Maintenon étant tombée en vente, la proximité de Versailles en tenta si bien Madame de Montespan pour Madame Scarron qu’elle ne laissa point de repos au roi qu’elle n’en eut tiré de quoi la faire acheter à cette femme, qui prit alors le nom de Maintenon, ou fort peu de temps après  » Saint-Simon aurait prétendu qu’il tenait l’information du Maréchal, de Lorges  » c’est à la toilette royale que la chose se passa... »

17 février – A été donnée la bénédiction aux 2 cloches de cette église d’Authon (du Perche)la plus importante recevant le nom de Jean, la plus petite , celui de Perrine en présence de Mr messire Jean Perrault, conseiller du Roy, président en sa Chambre ds Comptes à Paris, seigneur de Roumilly, Milly, Angerville et des baronnies d’Authon, Montmirail, la Bazoche, Saint Ulphaceet Glatigny, et par dame Anne de Vassé, femme et espouse de messire Martin de Loubes, chevallier seigneur baron du Saulce. Signé : Anne de Vassé ; Dupré. –

16 novembre – Chartres – un nouvel incendie endommage toutefois partiellement la cathédrale de Chartres. Ce sinistre serait dû à une malveillance des veilleurs chargés de la sécurité (!)

1675

#– Décès à Dreux de Chrétien Adam né au début du XVIIe, , avocat au Parlement de Paris, orateur de talent, et poète  » latinisé  »A à ses heures, tout en composant des vers latins. Il excellait également dans l’écriture de dialogues des paysans de la contrée avec des anagrammes, des acrostiches. Voici ce que l’on écrivait à son propos : «  Adam, dit Dom Lyron, avait un corps très mal formé, mais il avait toutes les belles qualités du cœur que l’on pouvait désirer et qui le faisaient estimer, aimer et révérer de tous ceux qui le connaissaient.». Auteur de plus de deux mille vers, tous commençant par la lettre C

# Pierre Gussainvillan, ecclésiastique natif de Chartres à une date inconnue, publie une critique sacrée avec une Edition des oeuvres de Saint-Grégoire-le-Grand.

# 5 février – Madame Scarron, future Madame de Maintenon, écrit à Madame de Coulanges  » J’ai plus de patience fr vous dire des nouvelles de Maintenon que vous n’en avez d’en apprendre.  » (…) J’ai été deux jours à Maintenon qui m’ont paru un moment. C’est une assez belle maison, un peu trop grande pour le train que j’y destine. Je voudrais y demeurer mais le temps n’est pas encore venu.  »

1677

# 4 maiChâteau de Maintenon. Madame de Montespan demande asile à Madame de Maintenon en son château alors qu’elle est sur le point d’accoucher. La favorite royale y donne naissance à Françoise Marie de Bourbon, dite La seconde demoiselle de Blois qui se mariera avec Philippe d’Orléans. Cette dernière meurt en 1749 à Saint-Cloud.

#  – Fut bâti un pillier en maçonnerie, autrement dit un éperon, au milieu de la rivière à Blévypour y placer un pont de bois, attendu que les grandes eaux avaient emporté l’autre : les eaux étaient aussi grandes qu’en l’année 1671, elles entraient à l’Écu par dessus le seuil de la porte qu’il y avait alors et venaient recouvrir les premières marches de l’église.

1678

# Deux des Premières Nations amérindiennes de la Nouvelle-France, les Abénakis de l’Ouest , faisant de la famille algonquienne (Québec) et, les Hurons-Wendats de famille iraquoienne, ont offert au Chapitre de la Notre-Dame de Chartres, des wampuns. Il s’agit de ceintures bordées de piquants de porc-épic et constituées de perles de coquillages blanches et violettes ainsi que des perles blanches et noires, enfilées dans des lanières de cuir ornées d’inscriptions dédiées à la Vierge. Elles font partie de nos jours du trésor de la cathédrale, et à cet égard, sont le témoignage d’un usage diplomatique traditionnel des Nations amérindiennes, et scellant, de fait, un pacte entre deux parties dans le cadre d’une alliance ou d’un événement social important. Ces deux Nations amérindiennes se sont succédé pour ce don. La ceinture des Hurons accompagnée d’une prière est arrivée au Chapitre de Notre-Dame de Chartres en 1678. La seconde, celle des Abénakis, composée de 11 000 perles, chaque perle représentant un membre de la tribu, est arrivée en 1699. Un remerciement en retour est parti, le clergé offrant des chemises argentées remplies de reliques, une statue de la Vierge en argent. Ces reliques sont visibles au Québec au Musée des Abénakis et celui des Hurons-Wendat qui contient d’autres reliques indiennes provenant de fouilles archéologiques.(Nota.L’origine de ce dont mérite que l’on s’y attarde, dès lors que ces tribus martyrisées par les Iroquois suite aux guerres tribales, ont dû se réfugier dans les murs de la ville de Québec. Des missionnaires les accueillirent, dont l’un d’entre eux, un Chartrain, le Père Bouvart, en profita pour leur parler de sa terre natale, de la cathédrale de Chartres. Une véritable adoration pour ce récit conduisit ces tribus à se tourner vers la religion, découvrant sans doute les vertus d’une croyance en rapport avec le Nouveau-Monde. Ainsi furent-ils conquis par la foi, persuadés que la dite Notre-Dame avait été construite pour les accueillir. Ce don devenait dès lors une offrande qui ne ferait que les conforter dans cette démarche religieuse tout à fait nouvelle, qui leur apportait confiance et protection de la Vierge, une façon de perpétuer une relation définitive avec cette cathédrale loin de leurs terres, et pourtant tellement proche.)

# – Se fist trois processions considérables, l’une desquelles fut celle de Montfort-l’Amory composée de 7,000 personnes, et l’autre fut celle de Nogent-le-Roy et des environs, où il y avoit 5,000 personnes, tant hommes que femmes, lesquelles vindrent visiter l’église Sainct-Pierre de Dreux, revestus d’une robbe blanche, ayant en main une croix de boys blanc, et partye nuds piedzpour marque de pénitence ; et fut trouvé à la queste de celle de Montfort 17 livres. La troisième desdites processions fut celle de Dreux, qui alla visiter le temple de Nostre-Dame de Chartres, où il y avoit un nombre de 20,000 personnes, revestues et armez comme dessus, portant le Très-Sainct-Sacrement de l’hostel soubz le days, chantant et psalmodiant par le chemin ; et estant arrivez à Chartres, Mgr l’évesque et MM. de la justice de la ville vindrent au devant les recepvoir pour les congratuller et leur tesmoingner la part qu’ils prenoient au subject de leur dévotion, qui n’estoit autre que pour rendre grasse à Dieu de la signallée victoire remportée par les Druides sur les héréticques en la bataille qui fut donnée entre Blainville et Maumousset prés Marville, où nous eusmes tout le succés qui se peult souhaitter, et les héréticques demeurérentconfus et furent contraints d’abandonner ; depuis lequel temps la ville de Dreux n’a pu souffrir dans son enclos aucune personne hérétique. Et la procession revenant de Chartres s’arresta au milieu du camp où la bataille fut donnée, où là fut fait des prières à Dieu pour le repos des âmes des catholiques romains qui avoient combattu et perdu la vie pour le maintien de nostre religion. Dimanche 16 septembre – Yèvres – Mme Benard, espouse de Me Bénard de Rezay, conseiller ordinaire du Roy en tous ses conseils d’Estat et des finances, seigneur de La Bouèche, a donné à cette église le corps de saint Constance, martyr, pour être vénéré lorsque madicte dame aura donné la châsse dans la quelle les reliques dudit saint devront être mises, lequel corps j’ai reçeu de madicte dame Bénard à l’entrée de nostre église, et j’ay enfermé dans une ormoire fermante à trois serrures qui est dans la sacristie dans ladicte église. Signé : C Desmonts ; Jourdin ; Belamy ; H Chartrain ; N Ronce ; Renaudin .

1679

# 30 août  – Le corps de Marie Leroy, 15 ans, fille d’agriculteur aux environs de Chartres, est retrouvé , la jeune fille ayant été étranglée par un loup qui l’aurait ensuite mangée en partie. Canidé ou chien errant, nul ne le saura. L’hypothèse loup est la plus facile à retenir, eu égard à sa présence dans la contrée.

# 26 décembre – Vénérable et discrette personne maistre Antoine Courtoron, en son vivant prestre, curé d’ Authon, âgé de 60 ans et tant d’années, a été inhumé dans le cœur de céans, et le lendemain, les habitans d’ Authon l’ont exumé de force et de violence et l’ont emporté dans leur église ou il a été inhumé : de quoy il a esté informé par devant les juges des lieux et donné avis par Mgr de Chartres et à son official, lesquels ont excusés ladicte violence er attribué à l’affection et à l’estime qu’ils faisoient à la probité du deffunct. Signé : M Richer ; P Maupou ; R Nion.

1680

# – Les Autels Saint-Eloy – De grands fléaux de diverses origines viennent s’abattre sur la population et enlever des familles toutes entières, entre autres celle de Marin Galois, médecin. La commune en deux semaines perd son chef et trois enfants. –

Meslay-le-Vidame – L’hyver commença dès la saint André, et dura la gelée sans discontinuer quatre mois entiers, puis il vint tanr d’eaux qu’on ne pouvoit labourer, et ensuite une sécheresse de quatre moys : ce qui obligea, après un jeune de 3 jours, de faire une procession générale à Chartres, de l’église cathédrale à Notre Dame de Josaphat, qui dura sept heures, ou on porta la sainte chasse de la sainte Vierge et toutes les reliques de la ville et paroisses circonvoisines, le 18 juin 1681, c’étoit merveille de voir bel ordre de cette procession et la dévotion de tout le monde. Toutes les rues étoient tendues comme à la feste Dieu. Signé : G le Bassac.

# 29 juin – Du côté d’Ecrosnes, une jeune fille de 18 printemps, Mathurine Lochereau meurt des suites de blessures à la gorge et aux membres inférieurs, occasionnées par une bête carnassière, peut-être un loup. Animal non clairement identifié ou supposé sauvage.

1681

#  – (Curiosité médicale…) La femme d’un nommé Philippe Chesnay de Blévy accoucha d’une fille un mardi 5ème de mai, et le mercredi 20ième dudit mois ensuite d’un garçon : chose que l’on n’avait jamais entendu parler, ni vu de semblable. 16 mai – J’ay inhumé Michel Lefebvre, âgé de 12 à 13 ans, dans l’église de Vitray ; lequel allant porter le disner au fagotteur de son père dans les bois de Bauvoir, avec son petit frère, furent attaquez par une beste fauve façon de loup dans ledit bois, qui le dévora et luy mangea la teste jusque aux espaules et blessa son petit frère et leur fagotteur outrageusement : et la dite beste fut tuée par les habitans de Beauvoir, qui revint à la charge comme on apportoit le corps dudit deffunct et se jecta sur un nommé Claude Garnier et le terrassa, et fut tuée par les nommez Toiussainct Ragon et Jacques Lemelle, à coups de brocq et de serpe. Signé : Lemercier.

# Flûtiste comme son père André Danican, dit Philidor l’Ainé. Drouais également. Interprète et compositeur, Anne Danican dit Philidor fonde en 1725 le célèbre Concert spirituel des Tuileries, sous forme de concerts publics qui vont perdurer jusqu’à la Révolution. Quelques pastorales, des motets, un Te-Deum jalonnent son œuvre.Il meurt à Paris en 1728 à l’âge de 47 ans.

# 23 mai. Chartres. Décès de Claude Deschamps de Villiers, 81 ans. Acteur et auteur dramatique, connu pour ses rôles de valet, et membre de la Troupe du Marais. Comme auteur, il eut l’heur d’inspirer Molière pour son Don Juan, en faisant jouer en 1659 Festin de pierre ou le fils du criminel. Il eut à son actif d’autres pièces à caractère burlesque où la moquerie constitue la pierre angulaire du thème qu’il s’est fixé.

18 juin – On fist à Chartres une procession généralle pour implorer l’assistance de Dieu pour une grande sécheresse qui dura trois mois sans cheoir presque d’eau ; où assistèrent tous les relligieux de ladicte ville de Chartres, avecque tout le clergé de toutes les paroisses de la ville qui se joignirent avec que MM. du clergé de l’église de Notre-Dame de Chartres ; et aussi assistèrent 32 processions de tous les villages d’alentour de Chartres. On fit la procession depuis l’église Nostre-Dame jusques à l’église de l’abbaye de Jossaphat, où l’on porta toutes les sainctes châsses. De quoy ensuitte Dieu donna sainte bénédiction sur tous les biens de la terre. Egalement présente la Compagnie du Vidame de Chartres avec ses 60 hommes sous le commandement du capitaine Bréant.

# 19 octobre – Pierre Berthault, originaire de Sens, meurt à Chartres. Eminent oratorien,et professeur de rhétorique, on le retrouve grand vicaire de Ferdinand de Neuville, évêque de Chartres. Il doit sa notoriété à deux traités classiques qui connurent un succès considérable, avec de nombreuses éditions. Florus Fransicus, sive Rerum a Francis bello gestarum Epitome (8 éditions entre 1630 et 1678) – Florus Gallicus, sive Rerum a veteribus Gallis bello Gestarum Epitome (6 éditions entre 1632 et 1671)

1682

# – Madame de Saint-Marclou, qui était sœur de Mr de la Lucazière, étant chez son frère à la Lucazière, paroisse de Mainterne, quoique se portant assez passablement, eut envie de se purger : elle envoya donc un domestique à Brezolles chercher des drogues pour faire une médecine chez Madame Boutroux, et lui fit demander du cristal minéral, avec d’autres drogues. Par méprise on lui envoya au lieu de cristal minéral du sublimé; elle fit faire sa médecine et la prit : la voilà on peu de temps malade à la mort, ce qui fit que l’on eut quelques soupçons, aussitôt o, envoya chercher promptement des médecins ou chirurgiens pour la venir voir et tâcher de lui donner du soulagement, on leur montra la drogue et ils dirent que c’était du poison ; on envoya encore chercher chez la –même, elle envoya encore du pareil. Cela fut cause que Madame Boutroux fut prise et fut mise en prison, il lui en coûta beaucoup d’argent pour se justifier parce que l’on croyait qu’elle l’eut fait à dessein, et c’était une tromperie d’avoir envoyé et pris une drogue pour l’autre. Néanmoins malgré tous les secours que l’on donna à la dite dame de Saint Marclou, elle mourut le lendemain, il n’y eut pas de remèdes qui purent lui donner du soulagement ; la science et l’art des médecins furent épuisés et ne servirent à rien

# Soixante bouchers exercent leur art à Chartres.

.Mercredi 10 juin – Châteaudun – à deux heures de après midi, il tomba tant de gresle et si grosse que les vitres de Saint Vallerien et du Champdé furent toutes brisées et ont été refaictes des aumônes des fidèles ; les vignes et les bleds de toute la paroisse furent perdues entièrement. Les échevins, éleus et justice ordinaire, accompagnés de personnes à ce cognoissans, ont visité la perte sur les lieux .

25 & 26 juin Dreux – A esté fait une procession généralle pour la nécessité du temps, à cause de l’abondance de la pluie. MM. De Chapitre sont descendus dans l’église Saint-Pierre, pour aller processionnellement à Saint-Gilles ; à Saint-Denys et à Saint-Léonard, où l’on a chanté les antiennes – refrains liturgiques – des Saints et récité les sept pseaumes.

# 21 & 24 septembre – Accompagné de la Reine, de même sa cour, le roi Louis XIV passe au Bois de Feugères et y dine dans son carrosse , avant de se rendre à Chambord.vSachant que la venue du couple royal à Chartres est motivée par la naissance de Louis le 6 août, premier enfant du Grand Dauphin, le Roi tenant à remercier la Vierge des Cryptes en la cathédrale. Notons que cette venue est la dernière de Marie-Thérèse à Chartres, puisqu’elle décédera dix mois plus tard. Alors que le roi quittait Chartres, l’un des carrosses de la suite se heurta violemment au auvent une maison ce qui le détruisit pratiquement, et eut l’heur de déplaire au Roi. De fait, les échevins prirent un arrêté, ordonnant que l’encorbellement soit construit suffisamment en hauteur, tout en respectant une largeur maximale.

1683

# – Né dans le Perche, comme jurisconsulte, Claude Duplessis fut souvent consulté par Colbert sur les affaires liées au roi et à l’Etat. Sa naissance en terre eurélienne semble être la plus plausible, bien que la notion Perche s’étende au delà de l’Eure et Loir.

Chartres. Transfert du marché aux grains et farines de la rue de la Volaille où il se tenait habituellement, à la place des Halles. Tout un personnel participe au commerce, une approche qui mérite de nous y attarder. D’abord les mesureurs qui détiennent un rôle de premier ordre, chargés de la régularité des transactions entre vendeurs et acheteurs, en s’occupant également de la perception des droits de place au profit du comte et de l’évêque. Passons aux appréciateurs, profession apparue en 1502, afin de constater les prix à partir des  » mercuriales  », à savoir les prix des denrées de première nécessité comme le pain, la farine et la viande. Egalement les portefaix qui, comme leur nom l’indique, véhiculent de lourds fardeaux , et à qui l’on reprochait de pratiquer leur commerce à des prix prohibitifs. En dernier lieu les leveuses de cul de sac, au rôle essentiel pour éviter tout gaspillage. Ces femmes sont chargées de lever le sac afin plus qu’aucune graine ou farine soit encore présente, et qu’il ne reste rien. A noter, au contraire de leurs collègues, elles ne relevaient pas de corporation, étant regroupées en responsabilité collective. Elles prennent en charge les chariots remplis de grains à l’arrivée, ont mission de faire décharger les sacs, mesurent le contenu, et paient le salaire des portefaix, peuvent percevoir les droits de place, négocient les ventes, en perçoivent le prix. Le fait de comportement dans l’abus des portefaix, réunis en corporation, peut laisser penser que ces intervenants pouvaient s’octroyer des  » royalties  » pour compléter leurs émoluments. Quelque temps avant la Révolution, leur nom disparut au profit de leveuses ou factrices. ( Nota. La référence à factrice est assez curieuse, dans la mesure où le féminin de facteur est factrice de nos jours, dénomination disparue depuis quelque temps, laissant la place à préposé des Postes. Le fait de factrice voulait-il dire que cette personne devait remettre en mains propres le fruit de sa tournée. ? L’interprétation suffit à elle-même pour trouver une explication, du moins peut-on le penser.).

# 15 avril – Châteaudun – Sur les deux heures après midi, il tomba tant de gresle et grosse comme des œufs de pigeon quarrés que on ne pouvoit marcher dans les rues sans danger de tomber. Les vitres du bas de nostre église sur les fonts furent cassées, quelques vignes greslées dans la paroisse et les bleds ailleurs.

3 juin – Dreux –  » Dame Catherine Clouet, femme de Mr Louis Brochand, procureur du Roy de l’élection, revenant de Chartres, où elle étoit allée par dévotion pour demander à Dieu le rétablissement de la santé de son mari, montée sur un asne, impatiente d’arriver chez elle à Dreux, se hasarda de passer la ravine qui traverse le chemin de Chartres à Dreux vis-à-vis Le Boulé-Thierry, quoyque cette ravine fut extrêmement enflée et rapide à cause de la grosse pluye qui étoit tombée peu d’heures auparavant. Marie Lejay, sa servante, montée aussi sur une bourique, entra comme elle dans la ravine, et un petit garson, qui les conduisoit à pied, s’estant mis en croupe derrière la servante, du moins on le jugea ainsi . Tous trois croyoient passer ; mais ils furent tous emportez par le torrent et se noyèrent. La maîtresse et la servante furent trouvées le soir du mesme jour arrestées à la grille du parc du Boulé, et le petit garson, quelques heures après, dans un arbre du parc, au dessus duquel l’eau avoit passé.  »

 9 octobre – Louis XIV épouse Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon. Epouse morganatique, selon son rang inférieur.

1684

# Naissance à Chartres de Nicolas Jouin, pamphlétaire et écrivain. Favorable au jansénisme, il publia en 1721 des pamphlets et satires d’un ton grivois contre les Jésuites. Auteur également de pièces satiriques en patois appelées les Sarcellades qui le menèrent à la Bastille (1754). Il meurt trois ans plus tard à Paris.

#  – Mise en chantier du canal Louis XIV avec aqueduc royal de Pontgouin à Versailles dit de Maintenon. Pas moins de cinq kilomètres de maçonnerie. 60 000 hommes y travailleront, pour une grande partie des militaires venant seconder les ouvriers des bâtiments. Le roi s’inspirant du Pont du Gard en construisant son double pour franchir l’Eure. Aux commandes La Hire, mathématicien et Vauban, ingénieur et architecte militaire. Le roi décide de faire détourner le cours de l’Eure pour alimenter Versailles en eau dont le site est exigent en consommation dés que les spectacles qui s’y déroulent font appel une grande quantité d’eau. Les travaux débutèrent à Pontgouin où l’on peut encore admirer de nos jours l’excellence et l’importance du travail accompli. Notamment des écluses. Hélas, les guerres demandant beaucoup d’argent dés 1688, les travaux seront abandonnés définitivement. – Dans le même temps, le Roi-Soleil nourrit de très grandes ambitions pour Chartres en voulant le doter d’un port de commerce avec des chemins de halage. Quelques premières constructions laissèrent apparaître des portes à bateaux depuis la cité beauceronne jusqu’à Nogent-le–Roi. Des travaux abandonnés pour les raisons sus-visées.

# Philippe de La Hire, mathématicien, chargé par le roi des travaux hydrauliques, entreprend de faire niveler l’Eure à Chartres pour amener les eaux par gravitation. Début des travaux pour l’aqueduc. Trente mille ouvriers sont affectés. Un tiers de maçons et ouvrier ordinaires, et deux tiers de soldats, une main d’oeuvre beaucoup moins onéreuse.

# Dans ces années de fin de siècle, on note dans les chroniques paroissiales de nombreuses abjurations de l’hérésie de Calvin notamment à Authon-du-Perche. Un serment accepté dès l’âge de 15 ans.

1685

# – Louis Josse, originaire de Chartres, successivement clerc, diacre, licencié de la Sorbonne, et chanoine en la cathédrale de Chartres (1706). Opposé à la Bulle Ugenitus, il est exclu en 1729. Meurt dans sa ville de naissance en 1749. –

10 février, venue de Monsieur de Louvois, surintendant des Bâtiments et Secrétaire à la Guerre, accompagnéMonsieur de Vauban sur le site des travaux à Maintenon afin d’étudier le plan du détournement de l’Eure sur une partie de la rivière pour alimenter Versailles. Les soldats sont en nombre puisque l’on y voit des régiments de France, de Suisse, de Navarre, d’Anjou, d’Artois, d’Alsace, de Normandie, de Picardie, du Boulonnais, de Languedoc, du Vermandois, de Lorraine, du Lyonnais et du Roussillon. Pas moins de 20 000 soldats, soit 14% des effectifs de l’armée, employés à certains travaux de terrassement, et des poses de canalisations.Les travaux avaient déjà été entamés, un chantier pharaonique, les ouvriers ayant été renforcés par la présence des paysans souvent sur réquisition, des gens sans grade pour l’extraction des pierres, coupes du bois, et le transport. Des civils spécialisés devant des Flandres et d’Artois, des charpentiers du Nord, des poseurs de tuyaux de Versailles, des puisatiers d’alpe Douze millions de briques ont été commandées à Lille et à la Briqueterie Royale d’Abondant. Quatre fours à chaux ont été construits sur le tracé du canal. Quant au plomb et au charbon, ils proviennent d’Angleterre, le cuivre vient de Suède, de même du sapin complété par celui qui vient du Bourbonnais. De nombreux chantiers sont ouverts un peu partout dans la région. L’abbaye de Coulombs sera réquisitionnée pour accueillir les nombreux blessés à la suite de travaux périlleux et très durs à la fois.Sans oublier les manques d’hygiène, les épidémies, l’organisation médicale fait défaut.. Selon certaines sources, il y aurait plus de dix-mille morts, sans oublier tous les blessés plus ou moins graves. Un hôpital à Saint-Piat a été aménagé.De même les épidémies qui se répandent très rapidement chez les ouvriers. Un cimetière provisoire a été mis en place à Armenonville-les-Gâtineaux.(Anecdote à propos de Vauban, le concepteur des moyens de défense dans le royaume de Louis XIV, et comparé à Léonard de Vinci, en matière de génie. 313 ans après son décès, à savoir en 2020, l’armée française présente au Mali face au djihadisme, s’inspire de plusieurs ouvrages de défense de Vauban pour construire une forteresse imprenable pour mettre ses soldats à l’abri.!)

# Ce chantier de l’aqueduc va s’avérer un gouffre financier, évalués à environ vingt-deux millions d’euros de nos jours. La main d’oeuvre ne vaut pas bien cher. Des hommes meurent, leurs héritiers touchent environ quatre cents euros, mais certains plus qualifiés voient les familles mieux indemnisées environ quatre cinq cents euros. Une jambe cassée reçoit une allocation de mille euros, une fracture du crâne entre quatre cents trente et mille trois cents euros, selon le grade, alors que la perte d’un cheval est plus conséquente, soit deux mille deux cents euros. Outre les accidents, le scorbut fait son apparition, décime les rangs, surtout en raison des mauvaises conditions de vie, de l’alimentation, de la consommation d’eau, tout ceci dans des conditions précaires.

# 2 avril Epernon. Plus jeune fille du duc d’Epernon, Anne-Louise de Goth, 17 ans, meurt subitement. En 1940, son corps sera exhumé puis inhumé en l’église Saint-Pierre de cette ville.

# Septembre – Louis XIV désireux de visiter un moulin, se rend à celui du Bois de Feugères, connu de nos jours sous le nom de moulin Pelard, appartenant à la famille du même nom de 1876 à 1941 avant d’être cédé à la commune, et restauré à partir de 1976. De type pivot, le moulin est amovible pour le tourner face au vent. La tradition voulait que lorsqu’il y avait un mort dans le village, on laisse les ailes en croix. –

# L’Edit de Nantes du 17 octobre 1685 mène à des destructions de temples protestants comme celui de Pont-Tranchefêtu à côté de Chartres. Pas une pierre ne doit rester debout, tels sont les ordres royaux. Le fait de voir les terres désertées par les protestants qui fuient à l’étranger inquiète la population qui craint une augmentation de l’impôt.

1686

# – 12 au 15 juillet – visites de Louis XIV pour se rendre compte des travaux du détournement de l’Eure à Maintenon et alentours. Un canal à écluses est alors creusé rejoignant l’Eure à Coulombs –

2 septembre – Trois ambassadeurs du Siam – surnommés les Siamois par Louis XIV – se rendent sur le chantier de l’aqueduc à Maintenon. –

6 septembre – Lully fait représenter pour la première fois au château d’Anet sa pastorale Acis et Galatée, en présence du Grand Dauphin.

# 14 septembre – Louis XIV vient coucher à Maintenon. Le lendemain, il passe en revue les troupes. Il se rend compte de l’importance des travaux convenant que quatre ans seront encore nécessaires pour les achever. Tout en convenant que la troupe est fort amoindrie par les maladies et les inévitables accidents.

1687

# 19 avril  – Louis XIV vient passer en revue les militaires employés aux travaux de l’aqueduc. Le Roi ne doit pas voir l’envers du décor.

13 juillet – Louis XIV achète la seigneurie de Grogneul (Saint-Piat) pour la marquise de Maintenon en dédommagement du préjudice subi suite au stationnement des troupes à Maintenon dans le cadre de la construction de l’aqueduc.

# 3 décembre – Décès à Chartres de Jacques Anquetin, originaire de Normandie. Il arrive jeune à Chartres où il va s’établir, de même toute sa famille. Greffier de l’Hôtel de Ville de la dite ville, il est auteur d’une Histoire manuscrite de Chartres.

1688

# Courant de l’année (ou un an plus tard ?) – Décès de Charles Rouscouët, sculpteur breton, demeurant à Alluyes après son mariage avec une jeune fille de la commune puis s’installe désormais en Eure et Loir pour y travailler

25 mai – Dernière visite de Louis XIV sur le chantier de l’aqueduc de Maintenon, commentant de cette façon son passage  » Je suis à Maintenon depuis quelques jours, étant venu vérifier le chantier de la rivière d’Eure  »

# 16 août – Une partie de la troupe quitte Maintenon à cause des maladies pour aller se reposer dans la périphérie, laissant 240 hommes sur les lieux. Le ravage laissé par les maladies, comme le scorbut, éclaircit considérablement les rangs des ouvriers en général.

1689

#  – Quand un fermier n’a pas acquitté les gâteaux de louage, autrement dits les arrhes, le bail est annulé. –

7 juin – décès à Arrou ( commune contestée, sans doute fruit d’une confusion…) de Madame de Beauvais dont la notoriété repose sur la mission qui lui fut donnée par Anne d’Autriche de déniaiser le jeune Louis XIV. Elle fut largement récompensée par une pension de 2000 livres et un château.

1690

# – Histoire risible de la monture du curé de Saint-Maurice: Saint-Maurice, aujourd’hui hameau de Bonneval, fut paroisse jusqu’au XVIIe siècle. Vers 1690, le curé Sémillard y officiait. Sur la fin de ses jours, il avait autant de peine à marcher qu’il avait marché légèrement dans sa jeunesse. Il aimait à voyager et, ne pouvant plus le faire à pied, il acheta un âne qu’il fit bien équiper. Se doutant que quand il paraîtrait dans les rues sur cette monture les enfants se moqueraient de lui, il prit la résolution de les accoutumer tout d’un coup à ce spectacle nouveau. Il monta sur son Grison — il avait donné ce nom héroïque à son âne — il y monta avec des bottes fortes, vint se promener dans toutes nos rues dans ce superbe équipage. Les enfants l’y accompagnèrent en lui faisant des huées qu’ils ne répétèrent point quand ils le revinrent Quelques temps après, il alla à Cormainville avec son Grison qui fut matière à conversation de tous les confrères du curé de Saint-Maurice qui ne se fâcha point de toutes leurs railleries. Il vanta beaucoup la perfection de sa monture et défia tous les convives de faire à leurs chevaux ce qu’il faisait faire à son Grison. Il le fait amener dans la salle où l’on mangeait, lui verse du vin dans un plat. Grison était prêt à boire, lorsque son maître l’avertit de saluer la compagnie. Il se met à braire de tout son cœur et avale de suite le vin qu’on lui avait versé. « Faites en faire autant à vos chevaux? » dit le curé à ses confrères. On rit beaucoup et on en resta là. Cette plaisanterie fut portée à Monseigneur l’Évêque bien différemment de ce qu’elle était. II en écrivit aux curés de canton auxquels il reprochait d’avoir ce jour fait boire du vin à leurs chevaux, lorsqu’eux-mêmes ne pouvaient plus en faire usage. On éclaircit Sa Grandeur de la vérité du fait et elle n’en fit que rire. –

# Jean Espitalier originaire du Var, passe pour avoir été aussi bien curé de la Folie Herbault (Fains-la-Folie) que poète beauceron. Il connut une mésaventure qui aurait très bien pu mal tourner. Pour avoir désobéi à une charte, il fut confronté à bien des problèmes. En effet, une ordonnance synodale interdisait à tout ecclésiastique d’avoir une servante âgée de moins de quarante ans, et pour cause. Mais le jeune curé ne l’entendait pas de cet oreille, et contourna l’interdiction en employant à son service une certaine Jeanne Normand âgée de 23 ans. Bien que des témoins dignes de foi aient attesté que la jeune servante rentrait chaque soir chez son père, Jean Espitalier fut jugé par ses pairs, condamné à vingt jours de séminaire et 10 livres d’amende. Il eut bon se démener pour justifier de sa bonne foi (à double sens), rien n’y fit. La sentence étant tombée, il se devait d’y obéir, et se séparer de la jeune fille. Celle-ci rejoignit sa famille à Orléans et tomba enceinte un an après. Les quolibets repartirent de plus belle pour accuser le curé d’en être l’auteur. Bien qu’il n’ait pas rencontré la jeune fille, prouvant qu’il ne pouvait être l’auteur de cette grossesse, il fut arrêté, molesté, et conduit dans les prisons du présidial de Chartres (1690). Il prouva néanmoins son innocence. Son affaire remonta à la cour de Louis XIV. On dit qu’il devint le confesseu de la Maison de Savoie dont il maria plusieurs membres en son église de la Ferté-Herbault. Il meurt en cette commune en 1720 à l’âge de 81 ans.

# Louis XIV dote l’abbaye de Coulombs d’une seconde abbatiale ce qui démontre le rayonnement monastique jusqu’à la cour de Versailles.

# Janvier. A l’époque, le crieur-juré découlait d’un privilège dûment acquis.Personne d’autre n’avait le droit d’en user aussi bien dans les villes, bourgs, bourgades fermés ou non. Il se plaçait à un carrefour pour prévenir le passage d’un enterrement. Accessoirement, il pouvait être chargé de faire l’annonce de ventes privées, d’arrêts de justice, des ordonnances prises par les échevins et les maires.

12 octobre – Chartres – Un violent orage endommage et ébranle le clocher neuf qui doit être démoli. On s’aperçoit que cette construction composée de pièces de fer, étaient recouvertes d’une épaisse couche de rouille. La corrosion a entrainé une grande fragilité la structure. L’année suivante, il sera reconstruit en pierre de Vernon par un artisan lyonnais, Claude Auger (ou Augé) qui mit un an pour accomplir son œuvre.

1691

#– Spécialement pour la Maison de Saint-Cyr pour les pensionnaires de cette institution, Jean Racine écrit Athalie, pièce à caractère biblique sur demande de Madame de Maintenon qui l’invite en son château de Maintenon. L’auteur dramatique y restera le temps d’accomplir cette œuvre et jouée seulement en 1699, après la mort de son auteur lequel aura son nom attaché au château, grâce à Lenôtre qui baptisera ainsi l’une des allées du château. – .

# La campagne beauceronne se désertifie. Les paysans chassés par les famines successives recherchent d’autres horizons pour survivre. Une autre raison les pousse à éviter la maréchaussée royale chargée de prélever de l’argent pour les guerres. Des recruteurs sont envoyés également pour les enrôler dans les régiments du Roi, non sans rudoyer les récalcitrants notamment à Brou et Châteaudun. Comme les gens de la terre ont connaissance que ces représentants royaux vont sur les marchés, on s’en écarte autant faire ce que peut. Des fermes sont abandonnées. La disette pèse sur des centaines de familles.-

15 août – Des valets de quelques officiers de l’arrière-ban de Champagne mirent par inadvertance le feu dans un grenier de l’hôtellerie de La Harpe, au faubourg Saint-Valérien à Châteaudun. L’incendie se communiqua à l’hôtellerie des Trois-Rois, et de là à toutes les maisons « depuis ladite Harpe jusqu’au Sépulcre et au Pavillon, à droite et à gauche, sans en rester aucune, sauf les maisons et granges de derrière, ce qui monte à une perte considérable ». Le roi, informé de ce malheur, déchargea ceux qui en avaient souffert de toutes impositions pendant neuf années et leur fit distribuer des secours en argent. On se mit aussitôt à reconstruire les bâtiments incendiés, mais on n’employa encore que du bois pour cette reconstruction : cela devait amener un nouveau désastre. – Les autorités de la ville vont alors demander à la généralité d’Orléans une diminution de la taille. Ils obtiennent pour partie l’aide, à condition de reconstruire les maisons détruites. Hélas, une partie de la population mal indemnisée, devra mendier. – En fin d’année, sérieux coup de vent à Chartres qui fait pencher de près de quatre mètres le clocher neuf de la cathédrale au dessous de la croix. Heureusement, la construction tient bon malgré la dangerosité.

# 14 novembre – Création du Régiment de Chartres

1692

# – Un édit royal établit des mairies dans toutes les communes de plus de quatre mille habitants. Louis XIV rend la charge de maire perpétuelle donc vénale.

# – Augmentation considérable des prix du blé en Beauce comme dans les environs de Chartres.

1693

# 12 mai – révolte des habitants de Châteaudun contre ce mal récurrent qui affectent les Beaucerons. Pillages et violences s’en suivent. Les fauteurs sont réprimés, de même ceux qui sont arrêtés pour les mêmes faits à Maintenon. A son tour Chartres subit les effets d’une récolte désastreuse. La révolte gronde face aux accapareurs qui font monter le prix des céréales. –

# 7 juillet. Procession générale jusqu’à Josaphat contre la famine, le temps et la guerre.

4 août – La foudre sévit à plusieurs reprises en plusieurs endroits.Marin Rochet, moissonneur à Yèvres, assommé d’un coup de foudre auprès du village du Grand Espînay, a esté inhumé le 5 au cimetière de céans. Signé : Havard et Mathurine Loyseau, pauvre femme glaneuse, tuée d’un coup de foudre auprès du village du Grand Espinay, a esté inhumée le 5 au cimetière de céans. Signé : Havard . –

Septembre – La maréchaussée, antichambre d’une future gendarmerie, est confrontée à tous ces aspects d’incertitude sécuritaire ayant différents origines. Des voleurs de grand chemin profitent des circonstances pour peser sur la population. Comme une bande de malfrats, composée d’une cinquantaine d’hommes, sous la conduite de Journet et Ledus, qui sévit douloureusement. La population se révolte contre le manque d’autorité pour faire face à une situation criminelle inquiétante. Bien entendu, des arrestations s’en suivent, de même des exécutions, pourtant sans arriver à une complète éradication. S’en suit aucune sécurité sur les routes de l’Orléanais. Un climat qui profite aux marginaux qu’ils soient mendiants ou malfrats. La nature même des condamnations, notamment les galères à perpétuité, décrétés par des arrêts royaux, ne découragent en rien une criminalité de circonstances. S’ajoute également la présence de plus en plus forte des loups (ou des chiens en divagation) qui s’attaquent aux troupeaux, accessoirement à celleset ceux qui les gardent. Au point qu’une telle présence incite des familles à quitter là où ils vivent, tellement la peur s’installe. Les histoires les plus folles sont colportées, l’appréhension grossit, à l’origine d’une panique. On raconte même que des gens sont dévorés. Les représentants du Roi sont incapables de conjurer ce mauvais sort.

1694

1694 – En Beauce, Thymerais et Perche une grave crise économique, touchant le royaume, provoque une grave misère en raison de mauvaises récoltes. Famine générale en France par la cherté du bled, le pain de 9 livres  jaunet valant à Chartres 40 sols et le septier de bled 45 livres et mesme 50, et à Paris 70 livres ; le pain de genesse valant la livre, au mois de mai et de juin, 10 sols. Cette cherté dura huit mois et demy, et dans son plus fort les mois d’ avril, mai et juin ; mais la récolte des bleds et autres grains furent très abondante, si bien que le septier de bled ne valoit plus après l’aout que 3 livres et le pain 5 sols. Cette famine fut suivie le mesme esté d’une branche de peste, de maladies contagieuses de poupre, épidémie par toute la France ; ce qui emporta un nombre considérable de personnes en l’autre monde en peu de temps, et dura jusqu’à la Toussaint 1694. A fame, peste et clade libera nos, Domine.De même, la dysenterie, la variole et fièvres diverses font leurs ravages. –

# Le diocèse de Chartres se voit retirer celui de Blois où Louis XIV crée un évêché.

# Nicolas Bernier est nommé maître de chapelle à la cathédrale de Chartres où il restera quatre ans. Il est âgé de 30 ans, musicologue affirmé., auteur d’un grand nombre de motets. Très prisé, il sera nommé à Saint-Germain-L’Auxerois. SSa particularité : êtretle gendre du célèbre compositeur de cour, Marin Marais.

#. Naissance à Courville de Jean-François Pannard, connu pour avoir été un poète bachique, amateur de bonne chère, de vin dont il usa jusqu’à plus soif. Il passa une partie de son enfance à Nogent-le-Roi auprès d’un parent qui lui fit découvrir l’art poétique ce qui le fit naître, par erreur, dans la cité nogentaise ce qui n’a jamais été le cas Il va suivre son tuteur jusqu’à Paris. S’n suit, la révélation de ses dons étonnants pour composer des chansons satiriques, ce qui ne le consacre pas pour autant. alors l’immensité et la qualité de son écriture constitue un trait pas toujours apprécié à sa valeur. Auteur de 86 pièces dont treize opéras comiques écrits en collaboration, cinq comédies, un œuvre au final très dense. Sans oublier de multiples vaudevilles à couplets où il parodie les œuvres de certains contemporains. Le succès qu’il espère, le fuyant, il fréquente femmes et tavernes, s’adonnant à la bouteille, et versifiant à loisir sur les filles de ses fréquentations, le plus souvent sur un ton piquant, d’un style ambigüe créant le doute chez ses lecteurs. En constante révolte contre ceux-là qui ne lui accordent point la reconnaissance qui lui est due, il change alors de style. Notamment dans l’art d’écrire des vers sous la forme d’un verre, d’une bouteille, s’octroyant un beau succès dans les cabarets et le milieu populaire. Néanmoins il reviendra un moment sur le quotidien royal, en saluant le roi Louis XV, de même les filles du monarque. Des vers flatteurs nourrissant beaucoup de respect envers la royauté. Si bien que l’on affirme qu’il serait à l’origine de surnom de Bien-Aimé donné à Louis XV. Affaibli par ses excès de table, il meurt à Paris presque impotent le 13 juin 1765.

# En cette fin de siècle, Louis Radepont est signalant comme exerçant le métier d’orfèvre et de graveur à Chartres.

# Idem pour Joseph Mutan exerçant comme graveur à Chartres.

1695

# Sur le plan religieux, Chartres est devenu un grand diocèse avec l’érection de l’évêché de Blois. En fait, il s’agit d’un démembrement, alors que la portée de l’évêché s’étendait entre Seine et Loire. L’évêque perçoit alors une mense de 20 000 livres, soit 385 000 euros, et verse une taxe de 4 000 florins à Rome. Le diocèse comprend alors cinq archidiaconés – partie d’un diocèse sous l’autorité d’un archidiacre, somme toute toute le second de l’évêque – , vingt deux abbayes tant d’hommes que de femmes. Soit six de bénédictins, une de Cisterciens, cinq de chanoines réguliers, trois de Prémontrés, cinq de Bénédictines, deux de Cisterciennes. Complétés par deux couvents de Dominicains, Chartres et Poissy, cinq de Capucins, cinq de Cordeliers, un de Minimes, deux de frères de l’Eucharistie, une de Carmélites, une de Visitandines, plus des communautés hospitalières de femmes, de même de nombreux prieurés. Plus d’un siècle plus tard, la Révolution va se charger de fermer bon nombre de ces établissements religieux.

# juin et juillet– Le Perche ayant subi un désastre majeur avec la grêle dont la violence va tuer de nombreux bestiaux, Louis XIV accorde une subvention pour pallier la mortalité du bétail.- Deux ans plus tard, la situation se renouvelle. La taille, cet impôt direct bien qu’il ait évolué (à la charge des seigneurs) a été transférée au Roi, permettant à la population d’être protégée d’une façon militaire. Très impopulaire, la fonction de répartition et de recouvrement était à la charge d’assesseurs-collecteurs. Six choisis dans les paroisses de la ville, nommés sur un arrêt du Conseil, notamment pour la région de Châteaudun. Un bémol dans cette organisation dans la mesure où ces collecteurs se taxaient à des sommes dérisoireset son contraire là où ils devaient prélever, des abus qui seront très vite réprimés.

# Disparition de Philibert Gassaud, seigneur du Croisy, 65 ans,dont on dit qu’il était gentilhomme de Beauce. A la tête d’une troupe de théâtre, il entra dans celle de Molière, se spécilisant dans le rôle de Tartuffe. A l’inverse de nombreux de ses contemporains, acteurs comme lui, il mourut en odeur de sainteté alors que les comédiens ne sont pas bien vus par l’église.

# 15 décembre. Décès de Laurent Boucher, vicaire de Nogent-le-Roi, qui est arrivé en 1670 dans la commune nogentaise, connu pour se verve poétique dont il orna les registres paroissiaux comme ce quatrain à la suite de l’inhumation d’un enfant de 5 ans  »Par une soudaine retraite/ Qu’autrement nous appellons (sic) mort/ Piffray, cette innocente allouette(sic)/Vers le ciel a pris son essort. » Ou ce commentaire « le samedi 27 septembre 1688 a esté enterré dans le cimetière de céans, non un des trois Horace ou des trois Curiaces mais un des trois enfants femelles qu’a eus d’une ventrée Marguerite Gautier, femme de Louis Asselin « Cette façon de faire déplut à ses  »ouailles », et il dut, un temps, se réfugier à Saint-Lucien. Il fit don de 3000 livres à la bibliothèque de Chartres qui disparurent dans l’incendie (bombardement non intentionnel) de 1944.

# – Commentaire à propos d’une inhumation ‘’ Le samedi le samedi 27 septembre 1688 a esté enterré dans le cimetière de céans, non un des trois Horace ou des trois Curiaces mais un des trois enfants femelles qu’a eus d’une ventrée Marguerite Gautier, femme de Louis Asselin ‘’.

1696

# –Louis Chauvet, abbé de Levesville-la-Chenard, est à l’origine de la Congrégation de vie apostolique des sœurs de Saint-Paul en cette même commune, au début de sa fondation, qui est, de nos jours, l’un des plus anciens ordres missionnaires. A l’origine, ce fut quatre jeunes filles qui furent rassemblées par ce curé de campagne pour former cette communauté pour soulager la misère spirituelle, morale et matérielle des paroissiens. Malade, l’abbé quittera ses fonctions en 1708 pour les transmettre à l’évêque de Chartres.

# Louis Pottevin, sculpteur sur bois, établi à Ablis (Ablys à cette époque) qui a réalisé un Christ pour l’église de Gommerville.

# La maladrerie d’Orgères est rattachée à l’Hôtel-Dieu de Châteaudun.

# Un certain Philippe de Chartres exerce comme sculpteur en la ville de Chartres.

# Idem, les frères Nicolas et Pierre Pauvert, peintres chartrains.

1697

#  – Alors que la tradition voulait que les ruraux puissent se consacrer à différentes fêtes religieuses, interdisant de travailler, tout en se consacrant à la prière du matin jusqu’au soir, Monsieur Paul-Godet des Marais, évêque de Chartres, décide de son plein gré, d’en supprimer un certain nombre. Les récoltes à venir ou à couper sont concernées, mais le manque notoire de main d’oeuvre hypothèque de saines moissons et autres missions liées à la terre. Certes une telle décision se se fit pas sans heurt, mais la raisonl’emportera.

# Le pays chartrain était alors renommé pour sa vaste étendue religieuse, et reconnu par l’Eglise de Rome comme le  » grand diocèse  ». Un remaniement suivi d’un regroupement lui fait perdre son importance puisque les archidiaconés de Blois et de Vendôme, et cinquante-quatre paroisses de l’archidiaconé du Dunois lui sont également retirés au profit du seul diocèse de Blois.

# 22 novembre. Naissance à Chartres de François de la Flèche qui, chanoine, fut un célèbre controversiste, c’est-à-dire, spécialiste des questions religieuses, intervenant, à cet égard, pour le compte du Chapitre face à l’évêque. Il meurt dans sa ville de naissance en novembre 1714.

1698

# août  – de très fortes chaleurs en Beauce occasionnent de nombreuses mortalités d’ouvriers aux champs dues aux effets du soleil. –

# Suite à l’échec du canal de l’Eure, Vauban est chargé de rechercher les voies navigables potentielles. L’Eure et Le Loir sont retenus dans ce schéma. Un sujet souvent évoqué sans suite notable.

# – Madame de Maintenon fait cadeau de son château de Maintenon à Françoise Amable d’Aubigné, année du mariage de cette dernière.

# Fin XVIIe – naissance à Chartres (sans date précise) de l’écrivain Nicolas Pintard, auteur d’une Oraison funèbre pour l’enterrementde Louis XIV. Sans avoir pu achever une Histoire chronologique de la ville de Chartres, il meurt milieu , l’ouvrage restant en l’état de manuscrit.

1699

#  – Neuvy-en-Dunois – le dimanche dans l’octave de l’Ascencion, sur les quatre heures du soir, il parut un nuage affreux avec un tonnerre si épouvantable que le peuple effrayé courut à l’église comme dans un azyle ou il croioit que Dieu fut obligé de les préserver de tout accident et d’empècher l’effet des causes secondes. Le tonnerre tomba sur le clocher, le dépouilla entièrement de toutes les ardoises sanz en laisser une seule ; il descendit ensuite dan l’église, emporta un éclat du pilier du clocher qui est le plus près de la seconde forme des vitres a nef du coté de l’autel Sainte Barbe, brisa l’armoire de la bannière qui étoit alors ou est présentement la chaire : de l’un des batans de l’armoire blessa à l’épaule François Perrineau, fermier alors de la terre de Neivy, déchira entièrement la bannière sans cependant endommager les deux images de la sainte Vierge et de saint Martin. Après cela, il sembla se jouer du peuple qui étoit renversé parterre comme autant de morts : à l’un il brula la peau depuis l’épaule gauche jusqu’au talon du pied droit, comme une bande large de quatre doigts, celui là se nomme Anthoine Vassort ; aux uns il brula les semelles des souliers sans endommager les bas, aux autres, il brula les bats sans endommager la peau. Le premier qui se remit de son évanouissement et qui vit tous les autres renversés, sortit en courant et crioit par les rues que tout étoit mort à l’église et que luy seul étoit sauvé : il en sortit après un second qui disoit la même chose, il est aisé de juger quelle allarme cela jetta dans l’esprit de de ceux qui étoient demeurés à la maison : ils coururent aussitôt à l’église, mais ils virent que le mal n’étoit pas à beaucoup près si grand qu’on le faisoit ; chacun se relevoit ; il n’y en eut que deux ou trois qui eurent besoin de secours pour se relever. Anthoine Vassort un étoit un. Une vieille femme qu’on nommoit Séverine étoit l’autre ; elle enfut incommodée jusqu’ à samort qui arriva deux ou trois ans après. Belhomme étoit le troisième :il fur longtemps incommodé d’une brulure qu’il eut dans le bas ventre. Depuis ce temps là, personne ne vient à l’église quand il tonne. On m’a dit que, six ans auparavant, le tonnerre estoit déjà tombé sur le clocher, qu’il avoit aussi dépouillé de toutes ses ardoises.

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