IXe siècle

Avant que l’Eure et Loir ne connaissance sa véritable appellation à l’époque de la Révolution française, le département fit partie de l’Orléanais, province englobant la Beauce et bien d’autres régions frontalières, sous la gouvernance d’Hugues Capet, domaine qui sera affecté en apanage, c’est-à-dire en domaine ad-panem seigneurial, aux fils cadets du roi de France. En quelque sorte un lot de consolation, garantissant la paix. La gouvernance s’organise notamment près des églises ceci pour venir en aide aux pauvres trop nombreux. Mise en place de xenodochia à savoir des asiles.

802

# Fardulphe, abbé de Saint-Denis, et Etienne, comte de Paris, sont envoyés en pays chartrain en qualité de missi dominici par les soins de Charlemagne. Ils régissent la justice, la perception des impôts, les affaires ecclésiastiques, avec des pouvoirs étendus en cas de résistance des seigneurs, ceci pour asseoir l’autorité de l’Empereur d’Occident. Le missi dominici tombera en désuétude à la fin du 9ème siècle, voie ouverte aux futurs vidames de Chartres.

806

# – Nouvelle invasion barbare.

813

# – Concile de Tours avec apparition de la langue romane, un concentré de latin vulgaire (populaire), parfois mélangé de parler germanique. Que parle-ton en Beauce ? Le mot barbarisme n’est pas né pour rien. Les langues sont issues des différents courants qui ont envahi le territoire. Il est vraisemblable que notre région a connu plusieurs dialectes, certains Beaucerons étant plus instruits, ont pu ambitionner les bribes d’une langue nouvelle s’inspirant de la langue latine laissée par l’envahisseur romain. L’écriture existe mais elle ne s’exporte guère car à défaut de s’inscrire sur des matières non friables, à l’évidence ce qui a pu nous parvenir, a permis néanmoins aux archéologues d’établir un archétype d’une langue commune. Un tournant qui va marquer nos institutions comme étant le tremplin de la future langue française qui elle aussi, évoluera au long des siècles.

814

# – A la mort de Charlemagne, la région de Nogent-le-Roi passe sous la coupe de la Neustrie. L’ancienne province gallo-romaine civitas devient comté, époque où Louis 1 er Le Pieux ou le Débonnaire monte sur le trône, étant également empereur d’Occident.

841

– (ou 857) – Selon certains historiens, fondation de l’abbaye de Bonneval sous l’ordre de Saint-Benoit, par Charles le Gros, à moins que cela soit Foulques, selon d’autres versions qui relèvent d’une certaine contradiction historique.

843

# – Charles II le Chauve lui succède , la Neustrie n’est plus alors qu’une région qui représente l’ouest du royaume découlant du traité de Verdun cette même année .

# Les Vikings se montrent de plus en plus présents et font régner la terreur. Leurs drakkars remontent les rivières, sèment la terreur dans un pays encore divisé par les luttes intestines.

845

# – Destruction de l’abbaye de Saint-Père par les Vikings. L’évêque Helie les combat les armes à la main. En vain. Les dommages causés à la ville de Chartres sont considérables. Le prélat décide d’en faire payer le prix aux Chartrains pour l’ensemble des destructions. L’homme d’église devra renoncer à son projet,la révolte de la population comme celle des moines devient dissuasive. L’évêque sera obligé de s’exiler à Auxerre pour éviter les foudres beauceronnes.

849

#  – Le roi préside à Chartres un plaid (tribunal féodal) pour y juger l’un de ses neveux, Charles d’Aquitaine pour tentative de révolte contre le pouvoir royal. Il sera condamné, tonsuré ce qui est une marque infamante, et enfermé en l’abbaye royale de Corbie (Somme) dont il s’échappera.

855

# 855/858 – début de la grand invasion normande en remontant par la Seine et l’Eure. Certes à notre époque, certains historiens avancent une thèse selon laquelle Vikings et Normands seraient liés à bien des niveaux. Les Normands ont-ils voulu s’y mêler, rien l’exclut car de cet amalgame a pu naître leur identité en propre, et être à l’origine de la Normandie actuelle.

858

19 juin 858 – Après le pillage de Paris, Chartres est assiégé par le redoutable chef viking Hastings(810/893) qui l’incendie gravement. Là encore il y a un doute sur l’identité de l’assiégeant dès lors que le chef viking semblait guerroyer en Espagne. Une certaine confusion a pu s’instaurer, mais ce qu’a connu Chartres est clairement établi. A moins d’un sosie. Les assiégeants ont franchi aisément les faibles défenses chartraines, égorgé l’évêque Frobold, et tous ceux qui se sont réfugiés dans l’église qu’ils brûlent. Leurs corps seront jetés dans le puits du Lieu- Fort, y compris l’évêque. On dit, que par la suite, de nombreux miracles seront censés s’y dérouler.

# La seconde moitié du IXe est source de nouveaux désordres à Chartres en raison des invasions qu’elle subit plus ou moins bien La ville est devenue synonyme de véritable puissance, et surtout ville de dévotion. On y compte dix sept dignitaires et soixante douze chanoines ce qui démontre la position chartraine dans le contexte religieux, considérée alors comme un chef de file de l’église chrétienne. Puissance = richesse dans l’esprit des conquérants venant de l’extérieur, d’où pillage et incendie pour ne rien laisser, du moins un temps, qui pourrait attirer d’autres envahisseurs. Reconstruire ce qui a été détruit devient synonyme de survie et d’identité religieuse.Ainsi les Normands insatiables pour aller piller, reviendront cinq années consécutives, histoire d’entretenir la peur qu’ils sèment partout où ils passent.

865

# – Robert-Le-Fort, comte de Tours, duc de France, appartenant à la branche des Robertiens à l’origine de la dynastie des Capétiens, habitué qu’il a été à lutter contre les Vikings, affrontent les Normands cette année-là. Il anéantit cinq cents de ses hommes présents dans le pays chartrain lesquels s’enfuient, pour rejoindre prestement leurs barques. Robert-le-Fort mourra assassiné l’année suivante.

876

# – Une année marquée d’une pierre blanche lorsque Charles le Chauve, fait don à l’église de Chartres de la Chemise de la Vierge, don qui lui vient de son grand-père Charlemagne lui même le tenant de la reine de Constantinople qui lui avait cédée. Il s’agirait de la tunique que portait la Vierge lorsqu’elle enfanta de Jésus.( Saint-Vêtement de la Bonne Vierge ). Son histoire remonte à l’année 460 lorsque cette relique fut apportée de Jérusalem et transportée jusqu’à Constantinople par les patrices Candidus et Galbius. La Sainte Tunique fut alors placée dans un temple dénommé Tutèle. L’Impératrice Irène la donna à Charlemagne qui la fit déposer dans une chapelle de son palais d’Aix (la Chapelle), sa résidence impériale, et elle y resta jusqu’à la décision de Charles Le Chauve. Au final, sait-on réellement d’où vient cette précieuse relique, et si son origine est réelle ? L’histoire et la légende font souvent cause commune.

882

# ou sept ans plus tard – Sous le règne de Carloman, Hastings serait devenu comte de Chartres, version contestée par les historiens. Certains affirment qu’il s’agissait simplement d’un don pour calmer ses ardeurs guerrières. On prétend que dix ans plus tard, il aurait vendu son comté pour équiper une flotte de quatre-vingt navires pour conquérir l’Angleterre, mais meurt prématurément en 893. (Nota. A propos d’Hastings. Aventurier dont on dit qu’il serait né à Troyes, plus vraisemblablement en Normandie aux alentours de 810. On le signale vers 830 à la tête de ses Normands ravageant les rives de la Loire, tuant, incendiant, volant, laissant derrière lui que désolation. Repoussé par les Tourangeaux, il remonte vers la Picardie, s’embarque par la Manche, passe par ce qui est aujourd’hui la Hollande, puis redescend pour jeter la terreur sur ses propres terres, puis fort de ses troupes, se dirige sur Rome qu’il rase de fond en comble en 867. Toujours très actif, et soif de conquêtes, il revient en Bretagne, descend en Anjou, suit la Loire jusqu’en Touraine, mais il n’aurait pas du retourner sur cette province où il avait déjà essuyé un revers. Il aurait voulu conjurer le sort mais ce dernier lui fut contraire. Il est vaincu par Louis et Carloman, lesquels ne profitent guère de leur succès, car l’adversaire outre d’être un redoutable guerrier, est un fin diplomate. Il signe un traité avec Charles le Gros en 879 (ou 882) qui lui offre le comté de Chartres où il s’installe quelque temps. Mais le démon de la conquête, il quitte les terres de Beauce, s’étant refait une santé, et repart pour le Danemark où il trouve la mort en 890.)

# Les comtes de Chartres. Une lignée dont on situerait la mise en œuvre à partir de cette année. Cette maison figure parmi les plus célèbres du Moyen-Age. Indépendamment d’Hasting, Thibault le Tricheur († 975) ou le Vieux est celui qui inaugure en quelque sorte cette dynastie en 960 qui va s’étendre sur trois siècles, en s’octroyant également celui de comte de Champagne, à une époque où les seigneurs possédaient moult terres, acquisition découlant ou non de mariages, voire de conquêtes, ou simplement par ordonnance royale. Etienne 1er de Chartres , septième du nom dans la descendance, comte de Blois, fut un des plus fidèles vassaux du roi Philippe 1er. Il fit partie de la première croisade (1096) avec Godefroi de Bouillon, et y retourna et dirigea le siège de Nicée en 1097. Alors que l’expédition n’était pas terminée, il repartit au bout d’un, puis honteux de sa dérobade, il repartit en 1101. Il mourut en Palestine lors de ce second voyage, lors de la bataille de Rama en 1102. Lui succède Thibault IV, majeur en 1108, et qui dut batailler ferme avec le puissant Hugues, seigneur du Puiset, l’un des plus farouches de Beauce et Orléanais avec lequel finalement il s’allia contre Charles le Gros qui voulait le mettre à la raison avec l’aide de Suger, évêque de Saint-Denis, prévôt de Toury (terre appartenant à l’abbaye). Il fut impliqué dans le siège du Puiset, trois années de combat pour vaincre Hugues dans son puissant château qui fut fait prisonnier, mais libéré. Toujours appuyé par Thibaut IV, il recommence la lutte mais en 1116, ils sont deux battus, et le seigneur du Puiset s’enfuit en Palestine. Le château fut démoli sur ordre de Suger, surtout par crainte de voir un autre seigneur se donner des idées d’indépendance. Thibaut IV se voit alors contraint de demander le pardon de Louis VI d’autant que Chartres est menacé. En 1133, la vicomté de Dreux devient comté, et confiée à Robert, 4ème fils de Thibaut. S’inscrit également dans cette lignée, Thibaut V le Bon (1130/1191), comte de Blois, de Chartres et de Châteaudun de 1152 à 1191. Fils de Thibaut IV et de Mathilde de Carinthie. Sénéchal de France en 1152, le 26 mars 1171, il envoie au bûcher 30 hommes, femmes et enfants, appartenant à la communauté juive de la ville pour crime rituel, une première dans le genre. Parti à la 3ème croisade, il trouve la mort au siège de Saint-Jean d’Acre apparemment en 1192, Thibault VI dit le Grand, fils du précédent, fut souvent en guerre avec Louis le Gros et son fils. Il fonda un grand nombre de monastères. Il fit partie de la 4ème croisade, assista à la prise de Constantinople. IL reçut en récompense de ses bons loyaux et services le duché de Nicée et Bithynie mais mourut dans la foulée au siège d’Andrinople (1218). Il fut tué avec plusieurs seigneurs chartrains. Avec sa disparition, et surtout sans enfant, l’alliance entre les comtés de Chartres et de Champagne cesse. Les biens sont transmis aux collatéraux, et ainsi les comtés de Chartres et Blois, ainsi que la vicomté de Châteaudun, après avoir été si redoutables, sont séparés, qui reviendront en 1254 au domaine royal, lorsque Thibault VI de Champagne abandonne ses prérogatives. Jean de Châtillon, autre branche des comtes de Chartres qui, hérita de sa cousine Mahaut, vers 1269, connut de grand démêlés avec le chapitre de la ville de Chartres. Philippe le Hardi le nomma en 1271 tuteur et défenseur du royaume et de ses enfants, au cas où le duc d’Alençon viendrait à mourir. Cette branche s’éteignit après Jeanne de Blois-Châtillon, sans descendance, qui a vendu le comté à Philippe IV le Bel, roi de France. La dynastie s’éteindra avec Isabelle (┼1248) comtesse de Chartres et de Romorantin, suite à un premier mariage à Sulpice d’Amboise puis à Jean de Montmirail.

886

# – Siegfried, chef viking, à la tête des Danois tente en vain de prendre Chartres, et perd de nombreux soldats, subissant une cuisante défaite.

887

# 1 février – Nullement découragés, les Normands ou leurs émules Vikings viennent mettre à nouveau le siège devant la ville. Ils sont repoussés par les comtes d’Angers et du Mans, heureusement arrivés à la rescousse. Comme quoi, bien organisés, on peut vaincre même les plus redoutables.

888

# – Eudes ou Eude, roi des Francs, dont le règne durera deux ans, vient se mettre à Chartres sous la protection de Notre-Dame.

890

# – Amorce d’une première et véritable monnaie à l’initiative des comtes de Châteaudun qui la frapperont jusqu’au XIVe siècle, sous la forme d’un disque de métal avec l’empreinte d’un coin pour obtenir une pièce.

892

# – Avec le règne de Robert 1ermise en œuvre de la féodalité issue de l’Empire romain. Un nouveau système politique se fait jour pour associer les seigneurs locaux de même leur population. Leurs droits vont alors s’exercer avec toute la puissance que requiert une telle autorité. Les seigneurs sont dans la droite ligne carolingienne qui leur a attribué des fiefs ( chasse, guerre) qui commandent à des vilains ( paysans) au sein desquels on distingue les serfs. Des conflits naissent en raison notamment de la banalité, un système qui impose au seigneur d’œuvrer pour mettre à la disposition de l’habitant ce qui convient à son quotidien ( famille, travail). A disposition, le four banal (pain), le moulin banal (blé), le pressoir banal (vin), avec en retour des droits de banalité. Les habitants ne sont pas maitres pour cuire dans les fours, ni de faire moudre leurs grains ailleurs, ce qui les tient en servitude et les expose à être mal servis et trompés par les meuniers et les boulangers. Tout ceci s’ajoute à d’autres impôts iniques comme la gabelle (impôt sur le sel), les péages ce qui démontre que tous ces prélèvements sont connus depuis la nuit des temps. Le roi Robert Ier abandonne à son beau-frère Thibault l’Ancien (890/943) les comtés de Chartres et de Blois associés à la vicomté de Châteaudun, ce même Thibault étant le père du célèbre Thibault le Tricheur, considéré comme le premier comte héréditaire de Chartres. Comte est associé à comté ou domaine féodal.`

# Fin du siècle, naissance à Chartres d’Herfroy ou Hérifrid, qui fut évêque d’Auxerre de 887 à 910.

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